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 Demure ▬ We'll stitch it up.
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Demure


Dreamland

Dreamland

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Messages : 56
Date d'inscription : 01/01/2014
Localisation : Il longe les murs.

MessageSujet: Demure ▬ We'll stitch it up.   Mer 1 Jan - 5:46


❝DEMURE


✗ Comment tu t’appelais ?
Laur Pääsuke.
✗ Tu as choisi quel pseudo ?
Demure.
✗ Tu as quel âge en fait ?
22 ans.
✗ Tu viens d'où ?
Estonie.
✗ Tu veux aller sur quelle île ?
Dream Land.
✗ Tu fais quoi dans la vie ?
Repriseur. Les vêtements, les peluches, les couvertures... Bref - tout ce qui a besoin d'être recousu, il s'en charge.
✗ T'es un super-héros ?
Comme la petite demoiselle du Labyrinthe de Pan, si Demure dessine une porte - ou une ouverture quelconque - sur une cloison, un mur, un plafond, bref, elle devient réelle. Ceci dit, il ne considère ça que comme un moyen de s'enfuir au cas où. Il n'irait pas braquer des banques avec (et oublie trop souvent qu'il en est capable, d'ailleurs ; sans compter qu'il faut qu'il ait de quoi dessiner sur lui, étant donné que s'ouvrir le doigt pour tracer une porte dans son sang ne lui dit trop rien.)
Une fois refermée, l'ouverture disparait.


» Mémorisation Physique.



✗ La couleur de tes yeux de biche ?
Contrairement aux jolis yeux noirs que les biches ont toutes selon lui, le jeune homme a des iris d'un marron parfaitement banal. Brun, même ; ils sont plutôt foncés, à la façon de beaux meubles en vieux bois. Fins, aussi. Plissés dès lors qu'il doit lire ou étudier mais a – comme toujours – laissé ses lunettes sur son bureau. Pas spécialement expressifs, pas spécialement beaux. Rien de particulier.

✗ Et celle de tes cheveux au vent ?
Là encore, rien d'exceptionnel. Demure a les cheveux d'un châtain comme on en trouve partout, tantôt blonds tantôt ternes selon l'éclairage, et n'en est pas dérangé plus qu'il n'en est satisfait.  Du reste ils sont assez fins sans que ce soit gênant, coupés courts sur le devant et très courts sur l'arrière ; rasés au niveau de la nuque et derrière les oreilles, il n'est pas rare que le contraste pousse les autres à croire qu'il les teint. Ce n'est, évidemment, pas le cas. Ils ont juste l'air beaucoup plus foncés lorsque coupés courts, comme cela arrive parfois – et vraiment, s'appliquer une couleur est la dernière des choses que le garçon jugerait utile de s'infliger. Ça ne rime à rien, selon lui. A part à être stupide.

✗ Tu sens la rose ou tu pues le yack ?
Demure ne sent pas grand chose. Voire, tant qu'il peut, rien du tout. Il ne porte pas de parfums, rien qui colle à la peau ou aux cheveux – même pas de savon à la senteur particulière. Ayant un bon odorat, il a rapidement décrété que c'était irritant et trop distrayant. Embêtant. Donc non.

✗ Taille & Poids ?
Sa croissance l'a arrêté à un bon mètre quatre-vingt-quatre pour un poids des plus normal ; pas athlétique pour un sou, il a cela dit été habitué à aider un peu partout dans la maison en portant ceci ou réparant cela, entre autres travaux – ce qui l'a probablement rendu plus capable qu'il ne l'aurait été autrement. Vu sa carrure, on l'imagine souvent plus brute et costaud qu'il ne l'est en réalité : malgré sa taille, il est bien plus doué pour les travaux minutieux que pour le rugby ou la plomberie.

✗ Signe distinctif ?
Aucun. Ni difformité, ni bras en moins... Un jeune homme parfaitement normal, en somme.


» Analyse cérébrale.



✗ On n'est pas parfait hein ?
Demure est loin d'être parfait, oui – mais qui pourrait honnêtement et en toute bonne foi prétendre l'être ? Il est assez humble, assez mature peut-être pour savoir reconnaître ses défauts sans se cacher les mains derrière les yeux ou se boucher les oreilles. Il sait bien qu'il a encore beaucoup de progrès à faire, et ce dans beaucoup de domaines ; sait aussi que jamais il ne prendra le temps de les faire, même s'il adorerait se sentir un peu mieux dans sa peau. Il n'y arrive pas, de toute façon. Ce n'est peut-être juste pas fait pour lui. Sans doute, même. Sûrement. Absolument. Non ?
Le problème, c'est que Laur n'a aucune estime de lui.
Ou du moins pas comme il le faudrait. On ne lui a jamais appris à être fier de lui, à se tenir droit sur ses deux pieds pour défendre ses positions : il a plutôt été habitué, au contraire, à baisser la tête et acquiescer sans protester. Pour un petit garçon déjà très timide et effacé, ça a été le dernier coup de marteau sur la vis qui le clouait au mur. Depuis, il n'en bouge plus vraiment. Pour peu qu'on le bouscule ou lui crie dessus, en dépit de sa haute stature et de ses vingt-deux ans, le jeune homme préfère en général céder le passage ou faire ce qu'on lui demande. Parfois il rétorque ou tente de se défiler, voir de résonner l'autre : ceci dit, à moins que ça ne marche du premier coup, il est rare de le voir insister pour obtenir des excuses ou éviter ceci cela. Si vous lui jetiez votre sac en lui demandant de vous le porter, il le ferait probablement.
Soumis ou suiveur selon les situations, il n'est pas spécialement courageux et pas plus honnête qu'un autre. On pourrait même dire que le mensonge est devenu chez lui une solution de facilité lorsque la vérité l'encombre ou risque de lui causer des ennuis ; une sorte de réflexe défensif pour s'éviter toute déconvenue. Ainsi il ne sera pas rare qu'il vous dise ce que vous avez envie d'entendre, qu'il nie ou rejette la faute sur quelqu'un d'autre si vous êtes en colère ou bien encore qu'il modifie son avis selon le votre pour ne pas s'attirer votre mépris. Au fond, c'est fait sans mauvaises intentions. Il ne réfléchit même pas avant de le faire – ou si rarement. Quand il prépare ses mensonges, ceci dit, son attitude est totalement différente ; il ne tremblera pas, n'aura pas l'air mal à l'aise, ne s'emmêlera pas dans les détails. Demure est un excellent comédien malgré lui. Dommage qu'il ne réussisse que trop rarement à en tirer partie.
Certains le diraient faible d'esprit, influençable, stupide, bizarre – il a tout entendu, c'est pas très grave. Et puis c'est vrai que c'est un garçon assez solitaire, naturellement réservé ; il peine à parler aux autres et bute régulièrement sur ses mots, même quand il est à l'aise. Il n'est pas rare non plus que ses remarques semblent sortir de nulle part, ou soient... Maladroites, trop directes. Il n'est pas très doué pour faire la conversation, peu importe la volonté qu'il y met. Ses manies bizarres non plus, il ne peut pas les contester : ses passions sont assez particulières, et à un certain degré même lui s'en rend compte. Ce n'est pas comme s'il le faisait exprès, hein. C'est juste comme ça. D'ailleurs, pour un garçon timide et réservé, il a une foutue tendance à se fourrer dans les ennuis. Quelque part, suivre les pires personnes possibles doit lui faire plaisir. Ça lui permet de faire ce qu'il ne ferait pas de lui-même.
Oh, une dernière chose. Si Demure pleure plus qu’il ne s'énerve (quoi que pas en public), il lui arrive malgré tout d'en vouloir aux autres. Ou de faire de légères fixations. Tant qu'on ne nourrit pas ses craintes, sa colère ou ses fausses-illusions, tout va bien : sinon, eh bien...
Tout le monde a ses défauts, hein.


✗ Mais on gère la fougère ?
N'en déplaise à ceux qui le penseraient légèrement attardé sur les bords à cause de sa réserve ou de son incapacité à se défendre, Demure a toujours été un garçon plutôt éveillé et intelligent. S'il plafonnait autour de la moyenne de classe à l'école, c'est que ses centres d'intérêt correspondent rarement à ce qu'on aimerait lui faire apprendre : alors quoi que qui que ce soit ait pu lui dire, c'est bien une des rares choses sur lesquelles il ne s'inquiète pas. Il comprend parfaitement ce qu'on lui dit, mémorise rapidement et arrive à faire les liens là où ils doivent être faits, sans difficulté particulière.
Gentil, le jeune homme l'est ; désintéressé, seulement à demi. Curieusement, malgré son insistance à ne pas vouloir que ses amis s'inquiètent pour lui et à tout faire pour qu'eux aillent bien, quitte à donner l'impression de s'oublier, c'est avant tout son propre réconfort qu'il recherche. Aider les autres lui donne l'impression d'être quelqu'un de bien, d'être apprécié – et quoi qu'il dise il adore qu'on s'inquiète pour lui. Cela étant, ça n'a que peu de répercussions dans ses relations ; peu importe les raisons, il reste un garçon étonnamment doux, gentil et prévenant. Il est agréable à la fois pour ne pas s'attirer d'ennuis et à la fois pour être apprécié : pour qu'il insulte ou manque de respect à quelqu'un  il faut vraiment, vraiment, vraiment avoir fait quelque chose de gravissime. On l'a élevé dans la politesse, aussi est-il exceptionnel de l'entendre jurer quelque chose de plus violent que « mince » ou « zut ». D'ailleurs, entendre des injures lui a fait plus d'une fois ouvrir de grands yeux ébahis.
S'il est discret, il n'est de fait ni encombrant ni trop curieux. Il ne pose que peu de questions et se tait quand on le lui demande, part quand on le lui suggère. En faisant la moue, parfois, à la façon d'un chien que son maître met à la porte sans raison, mais il le fait. Il réagit très bien à l'humour et rit facilement – pas fort, d'accord, mais au moins il rit. Dès lors qu'il se sent plus à l'aise et en confiance, à supposer donc que l'autre donne au moins l'impression de l'apprécier, Demure sait se montrer plus détendu et spontané. Il ne hurlera jamais et ne se mettra pas à danser au milieu de tout, mais la différence est suffisamment notable pour pouvoir être appréciée. Il dit « non », donne son avis sans craindre le votre, quoi que timidement, propose sans toujours vous dire que tout lui va... Il a juste besoin de croire que vous ne vous moquez pas de lui. Ensuite, ça va.
Quoi qu'il ne se considère pas – à juste titre – comme bien placé pour donner des conseils aux autres, il est là pour tapoter les épaules ou serrer dans ses bras. C'est quelqu'un d'aussi solitaire qu'il est affectueux : il a besoin de pouvoir conserver son jardin secret tout comme il a besoin de la présence de tiers pour donner un sens à sa vie. L'isolement total lui réussit très, très, très, très mal. En fait, mieux vaut éviter de le laisser se renfermer sur lui-même. Ça ne finit jamais bien.
Capable d'une très grande patience et d'une incroyable maîtrise de lui, ni orgueilleux, ni volage, ni paresseux, Dem est plus vertueux que le contraire. Il n'est pas non plus jaloux pour un sou : amoureux ou pas, il n'est pas du genre à vouloir tuer quiconque approcherait cette personne. Il n'y a guère que quand il devient trop attaché à quelqu'un, qu'il commence à considérer l'autre comme une constante, un point d'attache, une personne merveilleuse – ou du moins unique, puisqu'il lui est déjà arrivé de s'attacher plus que de raison à des personnes qui ne lui avaient pas dit le moindre mot gentil de toute leur vie – que son attitude peut devenir légèrement agaçante.
De là à en finir par croire que si vous partez il en mourra, il n'y a qu'un pas.


✗ Tu préfères les garçons, les filles, les deux, les chatons ?
Il n'a honnêtement jamais songé à aller avec un garçon. Vraiment, jamais – c'est tout juste s'il considère ça possible, donc naturellement il préfère les filles. Après, c'est autre chose. Ne s'étant jamais demandé s'il pouvait tomber amoureux d'un homme, d'un chat ou d'un géranium, il aurait du mal à vous répondre.

✗ Moi j'ai un rêveuuuh ?
Être heureux, pour commencer ; rendre les autres heureux, ensuite ;  et pour finir, empailler tous ceux qu'il aime pour qu'ils restent avec lui toute l'éternité sans jamais lui faire de mal. A part éventuellement en lui tombant dessus, mais ça il se dit qu'il devrait supporter.
Ceci dit, bonne nouvelle pour lui et le reste du monde, il ne se souvient du troisième qu'en cas de grave problème ou d'horrible trahison.


✗ T'as peur de quelque chose ?
D'avoir mal, d'être abandonné, de blesser les autres – volontairement ou pas. Il a également peur de l’électricité et n'aime pas les éclairs ; vous ne le ferez changer une ampoule pour rien au monde, il préfère encore rester dans le noir. Du moins c'est ce dont il tenterait de se convaincre, jusqu'à ce qu'il soit obligé de mettre trois paires de gants pour le faire.

✗ Quels sont tes goûts ?
Demure aime coudre, réparer, voir les choses prendre ou reprendre forme sous ses doigts. Il est également passionné de taxidermie et de l'immobilité en général, comme par exemple l'état de sommeil ; par ailleurs il ne fait pas de vraie différence, au niveau de l'affectif, entre des animaux empaillés et des animaux parfaitement vivants. Au-delà de ça il aime les légumes, puisqu'il est végétarien – plus par obligation que par choix, mais il s'y est tellement  habitué qu'il ne se voit pas manger autre chose. Il préfère les vêtements plutôt classiques, les musiques calmes, limites somnolentes, lire, se rendre utile, et également tout ce qui implique de veiller sur des enfants. Il se sent plus à l'aise et rassuré en présence des plus jeunes : quoi que fils unique, il a un fort instinct fraternel.

✗ Signe distinctif ?
Emotionnellement, il est un peu instable. Mais rien de grave, vraiment. Il prend juste un peu trop sur lui.


» Chargement du jeu.



✗ On a tous un passé :


Crac, crac, font les branches sous tes pas.
Tu te souviens, maintenant ? Leena.
Comme le vent soufflait, et Babylon n'est plus là.
Comme il faisait froid ; ah – hâte toi, Leena – il fait si froid.

Sur la colline, tu le vois ? Demure élance son bras vers le ciel.
Et toi, Leena ; il fait si froid, si froid.
Ses doigts tracent des étoiles lorsqu'il te voit.
Si froid, Leena, quand tu t'allonges là.

Si froid.


« Que fais-tu, Leena ? »

Il murmure, Demure, la voix soleil ;
Leena, Leena – mon Dieu, comme tu es belle.
Ses doigts dessinent des arcs-en-neige lorsqu'il te voit.
Tu te souviens, dis ? La douceur de ses doigts.


« Je suis fatiguée, Demure, soupires-tu – froid, si froid ;
Mon Dieu, quelle jolie voix.
Serais-tu si gentil ?
Que de t'allonger près de moi, juste là –
Je ne peux plus marcher, ne continue pas sans moi. »

Ne me laisse pas.

« … Bien sûr, Leena. »

Ses paroles sont douces comme de la soie ; la mort approche.
Mourir ? Tu bats des cils, Leena – mourir de quoi ?
Mais il s'allonge près de toi, sur la neige ; oublie, belle endormie.
Babylon avait tort, Leena. Demure est resté pour toi.

Demure n'a jamais bougé de là.



« … Maman ? »

Tic, tac. Tic, tac.

« Maman ? »

Tic, tac. Tic, tac.

« … Maman ? J'ai faim... »

Tic, tac. Tic...

Un frisson.
Doucement, les doigts du petit garçon se détachèrent de la peau pâle. Les paupières tressautèrent ; les phalanges se crispèrent ; le nez se plissa. Yeux rivés sur la silhouette fragile de sa mère, effleurant du regard ses traits froissés par l'obscurité, il attendit. Que le miracle se produise de nouveau : que les lèvres s'étirent, juste comme ça – que les cils se courbent et chassent le froid. Ses petits doigts tremblaient au bout de ses mains qui tremblaient au bout de ses bras, crispés contre son estomac. La grande aiguille avait dépassé l'heure du repas depuis deux tours d'horloge déjà.
Docile et effacé, il suivit de ses grands yeux bruns la course du sommeil s'enfuyant par la cheminée éteinte. Son souffle s'envolait en fumée pâle.

« Hmmnn... »

Cachée derrière sa lourde masse de cheveux châtains, Maarja passa une main fébrile contre ses yeux encore rouges de sommeil. La pièce était, comme souvent, presque entièrement plongée dans le noir – la lampe murale, faiblarde, ne servait plus à grand chose. L'ampoule avait fait son temps.
La tête, puis la nuque : elle se remit d'aplomb. Lorsqu'elle redressa péniblement le dos, les reins brisés d'avoir dormi trop longtemps sur une chaise trop dure, quelques feuilles restèrent accrochées aux mailles de son pull et glissèrent au sol ; en voulant les rattraper, une toux sèche coincée en travers de la gorge, son regard croisa celui de son fils.
...Quel âge, déjà ? Huit ans – huit ans et quelques mois. Encore à demi endormie, elle s'en voulut ; il ne les faisait vraiment pas, ses huit ans, son tout petit chat.

« … Oh, Laur.... Il est quelle heure, chaton ? Tu n'as pas mangé ? »

Droite, gauche. Non. Le visage de sa mère, déjà pâle, sembla le devenir encore plus.
D'un mouvement pressé, elle se leva et lissa sa longue jupe brune.

« J'ai dû m'endormir – ton père n'est pas là, c'est vrai, zut. Pardon, chaton. » Ses lèvres sèches vinrent embrasser le front du petit garçon. « Je vais faire un peu de feu, d'accord, ensuite on mange. Tu as allumé le chauffage dans ta chambre, oui ? Oui ? D'accord, c'est bien. Tu bouges pas, je vais chercher du bois. »

La couverture qu'elle avait sur les épaules, le pull aussi, furent posés sur la tête de Laur sans le moindre coup de semonce. Elle savait bien qu'il aurait été capable de lui courir après pour les lui rendre : chaussée et suffisamment réveillée, elle lui répéta de rester dans le salon et s'engouffra par la porte d'entrée sans lui en laisser le temps. Un peu de vent froid se faufila derrière elle ; puis, clac. Plus rien.
Bras serrés sur un pull beaucoup trop grand qu'il peina à enfiler, le garçon fit quelques pas discrets jusqu'à la fenêtre. Dehors, au bout des traces de bottes qu'elle avait laissé dans la neige, sa mère s'affairait à ramasser quelques unes des bûches de bois tenues sous bâche. Chassé de son perchoir, un petit chat tout gris revint en crachant vers la porte d'entrée : ses petits bonds comiques tirèrent un rire mutique à son maître.

« Salut, toi. »

Main tendue, il vint caresser un chat plus gros et nettement plus vieux lové sur le rebord de la fenêtre. Le poil, doux et épais, lui chatouilla les paumes.
Gentil chaton.
Lorsque sa mère battait des cils et s'éveillait tout doucement, elle chassait la mort et revenait à la vie : il adorait la regarder faire ça. C'était comme un miracle à chaque fois. Alors de temps en temps, il prenait le chat dans ses bras juste pour le voir s'étirer et ouvrir ses grands yeux verts. Ça marchait toujours, sans faux raccord ni mauvaise surprise. Endormi, réveillé. Mort, vivant.



Mais ce chat-là, il n'y arrivait pas.



« Hep, Laur ! »

Depuis son perchoir, le fils Pääsuke vit un garçon aux boucles familières s'approcher en sautillant. Pour éviter à ses chaussures neuves d'être salies dans la boue et l'herbe mouillée, il s'était perché sur une large pierre plate un peu en hauteur : c'était devenu, à quelques pas du panneau indiquant l'arrêt de bus, son propre coin privilégié. Depuis qu'il avait dû se décaler pour attendre ici, le chauffeur s'arrêtait toujours à cet endroit. C'était sa façon de le lancer du bon pied vers sa journée de cours ; Monsieur Lepmets était toujours empli de petites attentions envers les enfants qu'il devait conduire à bon port. De son avis, les adolescents qui squattaient le banc de l'arrêt étaient à priori bien moins méritant que ceux qu'ils s'amusaient à ennuyer.
Du coup, eux, ils devaient marcher jusqu'à la porte du bus. Ça les faisait râler et Laur, du haut de ses treize ans, en tirait toujours un rassurant sentiment de justice rendue.

« Yo Lauuuu. » D'un bond, le brun sauta sur la pierre. « Ça va ? Encore grandi ? »

Une main un peu rugueuse vint décoiffer ses courts cheveux blonds ; le rire au bord des lèvres, il fit non de la tête. Lui qui avait toujours eut « fragile » écrit en lettres rouges au-dessus de ses grands yeux bruns semblait enfin s'être décidé à voir le monde de plus haut. Et ce à vitesse grand V.
A présent, il atteignait presque le mètre soixante-huit.

« Dis, hm, Heiki. Tu as fait tes maths ?

-... Quels maths ? »

Un sourire inquiet étira les lèvres du plus jeune. Son ami n'avait jamais été très studieux, mais ça avait tendance à aller en s'empirant, ces derniers temps. Il craignait qu'il ne finisse par décrocher.
A raison, malheureusement.

« Her, on sèche ?

-Hein ?

-La flemme d'aller en cours. En plus j'ai des trucs à te montrer.

-Euhm...

-Le bus, merde ! A plat ! »

Sans avoir eu le temps de protester, Laur sentit son bras être brutalement tiré en arrière. Tout son équilibre tangua avec lui, instable –  puis s'écrasa tête la première dans une boue pâle et trop liquide.
Sonné et trempé de la tête aux pieds, le garçon n'eut le droit de relever le dos qu'une fois le bus hors de vue. La main de son ami cessa alors d'appuyer sur son épaule ; à demi noyé, les yeux brûlants de sel, il fut pris d'une toux si violente qu'il crut bien en mourir.
Comme Dieu est cruel, il n'en mourut pas.
Heiki, tout autant couvert d'eau et de boue que son ami, s'ébroua comme un chien errant. Sa main tendue ne rencontra que du vide : Laur, trop occupé à chasser ce qui restait de liquide dans ses poumons, était encore assis au fond du fossé – de l'eau jusqu'aux épaules. Un roulement d'yeux exaspéré plus tard, le brun avait tiré son ami plus de force que de gré hors de sa piscine improvisée. Sa chemise lui collait au corps comme une seconde peau ; lèvres pincées, au bord des larmes malgré une retenue exemplaire qu'il tenait de son père – les hommes ne pleurent pas – il contempla ses chaussures imbibées d'eau.

Si elles étaient fichues, il se ferait tuer.

« Allez Laur, bouge toi ! On va chez moi ? Ma mère est là, mais elle est trop cool depuis que papa s'est barré. Elle dira rien. »

Après avoir vérifié que le grand blond ne marcherait pas de lui-même, trop occupé à fixer ses souliers, Heiki ne lui lâcha plus la main.



Alcool. Vodka – ou whisky, peut-être, il n'en savait rien. Ses parents détestaient boire plus que deux ou trois petites coupes de champagne pour les fêtes. Ils trouvaient ça mauvais, inutile. Stupide et trop facilement dangereux.
Madame Klavan ne leur aurait certainement pas donné tort.
Jambes élégamment croisées, assise dans un fauteuil abîmé et par plusieurs fois reprisé, elle leva son verre en direction des garçons.

« De toute façon, l'école... Pwah – à quoi ça sert, hein ?

-Rien du tout !

-Voilà, ta sœur, tu vois, elle y va plus – très bien, ça, elle travaille, c'est beaucoup mieux. Les auteurs, les trucs et les machins... Inutile, tout ça. »

Laur baissa la tête sur sa manette, soucieux de ne pas prendre part à la conversation entre la mère et le fils. Ils avaient beau manquer d'argent bien plus qu'eux – les Pääsuke n'étaient pas pauvres, loin de là ; rien qu'économes, disait son père en entassant du bois dans la cheminée – les dernières consoles réussissaient toujours à trouver leur chemin chez son ami avant même que lui n'ait pensé à les demander. Chose qu'il ne faisait de tout façon jamais. Le garçon supposait, assez prudemment, qu'ils n'avaient pas dû les payer. Ivika, la grande sœur, avait des amis à l'allure plus que douteuse et de sales manies qu'elle tenait depuis son enfance : avant qu'elle ne trouve un petit boulot en ville, la tenant à l'écart du domicile, Laur avait fini par être interdit de visite chez son meilleur ami. Ses parents avaient eu peur qu'un jour elle ne ramène des gens dangereux, de la drogue ou autres sottises – hors de question de mettre leur bébé en danger.
Maintenant, il avait de nouveau le droit. Supposément.
Son regard glissa sur le côté ; croisa celui de  madame, posé sur son dos. Un long frisson descendit sa colonne. Il se reconcentra aussitôt sur l'écran.

Ils jouaient depuis une dizaine de minutes quand, comme frappé par la foudre, Heiki se redressa. Toujours prêt à perdre en même temps que son ami, Laur l'imita bêtement.

« Meeeerde – maman, t'as fait les courses pour le week-end ? La superette est fermée, demain. »

Avec un unique vélo, ils ne pouvaient pas aller faire leur course plus loin qu'au village. Laur avait déjà demandé au garçon pourquoi ils ne déménageaient pas en ville : rien ne les retenait en rase campagne, eux.
Apparemment, leur mère ne voulait pas. Caprice idiot.

« Les courses ? » A l'expression dubitative de son visage trop maquillé, nul doute que non. « Fais chier, je savais bien que j'oubliais un truc... »

A peine eut-elle fait mine de se lever qu'Heiki la rasseyait. Doucement, sans brusquerie ; il n'était si gentil qu'avec sa mère. Un père violent l'avait rendu protecteur à l'égard du reste de la famille. Ce connard nous a démoli et s'est tiré. Je le déteste, je le déteste.

Ça faisait six mois. Laur avait passé des heures à serrer son ami dans ses bras, après ça.

« Je vais y aller, t'embête pas. Tu restes là, Laur ? J'en ai pour une heure gros max. T'as qu'à avancer la partie solo, en attendant !

-Euh, Hei...

-Pas de mais, tu joues mieux que moi. Allez, à plus !

-Mais, He- »

La porte claqua.

Debout devant les jeux vidéos, yeux rivés sur ses pieds nus, il tira nerveusement sur les bords de sa chemise encore humide. Une goutte d'eau glissa le long de ses doigts ; il n'avait pas pu se changer. Ses parents ne l'attendaient pas avant le soir. Pas de problème pour l'école et le téléphone – ils ne répondaient jamais. Sa mère écrivait dans le bureau, des boules quies aux oreilles pour pouvoir se concentrer, et son père devait être à l'atelier ou avec des clients. Ça sonnerait dans le vide.
En revanche, il ne pouvait pas exactement rentrer. Mal à l'aise dès lors qu'il n'était plus en présence de personnes en qui il avait confiance, le garçon hésita à reprendre la partie.

« Tu es trempé, pauvre chaton. »

Lèvres entrouvertes, il jeta un regard gêné à la trentenaire. Haussa les épaules.

« Tu vas attraper froid. Je vais te prêter des vêtements, sinon Dieu sait ce que...

-Non, c'est, pas....

-Mais ! Tssst. Apprends à accepter la, gentillesse des autres. »

Le verre heurta le bois dans un tintement cristallin, presque inaudible comparé au bruit de sa robe se froissant lorsqu'elle se leva. Un signe de main l'invita à la suivre ; planté sur place, il fit non de la tête.

« N-non, je vais jouer. Je suis trop grand de toute façon, les vêtements d'Hei... »

Visiblement ennuyée, elle fit un pas en avant. Deux. Trois.
...Vodka.
D'un geste mesuré malgré l'alcool, elle lui tapota la tête.

« Plus grand que moi, c'est vrai. Plus un petit garçon. Mon mari a laissé deux trois trucs... Ça t'irait, peut-être. »

Elle tendit de nouveau la main ; gêné, il se déroba.
Un seul pas en arrière lui suffit à se retrouver dos au mur. Le joystick lui rentra dans la plante du pied – langue mordue pour ne pas crier, il se maudit en silence.
Elle, elle éclata de rire.

« Je vais pas te manger, tu sais ! »

Son cœur voulut la croire. Son cerveau n'en était plus si sûr.
Clac, clac.

« Allez. Tu vas attraper froid, jeune homme.

-Non, je, non, ça va, je voudrais pas vous... »

Clac.

« … Vraiment, ça va, s'il vous ... »

Les hommes ne pleurent pas.
T'as peur de quoi ?


Le rouge de son vernis frôla son col.

« Tss tss tss. Si tu gardes ça, tu vas prendre froid. »

Son sourire doucereux le figea sur place.

« Et tu veux pas prendre froid, si ? »

Il entrouvrit la bouche, mais ne parvint qu'à souffler un courant d'air froid.

« Un si mignon petit chaton. »

Froid, froid, froid, froid, froid –



« Je suis rentrééééé ! »

Lorsqu'Heiki claqua la porte, de gros sacs au bout des bras, il adressa un large sourire à Laur. Assis à même le sol, devant la console, il le lui rendit comme il put.

« Il a flotté, sérieux... Ça craint ce temps. »

Son regard s'arrêta sur le blondinet ; comme pris d'un doute, il se figea dans ses mouvements. Se sentant observé, le garçon ne put empêcher ses mains de trembler encore plus fort sur la manette.

« … Oh, maman t'a prêté des vêtements ? »

Un sourire douloureux aux lèvres, tête baissé, il acquiesça.

« Bha. Autant qu'il servent, je suppose... Les tiens sont à laver ? »

Nouveau hochement de tête.

« Cool ! » Après avoir posé les sacs sur la table, il fit un petit détour pour ébouriffer énergiquement les cheveux de son meilleur ami. « Je t'avais bien dit qu'elle était super cool, maintenant, ma mère. »

Très, oui. Elle m'a même aidé à me changer.

« … Eh ? T'as pas avancé ou je rêve ? Qu'est-ce que t'as foutu pendant une heure – rha, Laur, sérieux. Rebranche moi, je reviens tout de suite ! »

Docile, il posa sa manette et fit ce qu'on lui demandait. Pourtant, peu importe à quel point il tenta de calmer les tremblements qui agitaient ses mains, il ne parvint pas à brancher la seconde. Ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas, ça ne marchait pas...
Une larme silencieuse roula sur la touche B.

Pauvre petit chat.



« Après avoir enlevé la peau, il faut la tanner. On va la traiter chimiquement et la graisser, pour l'assouplir et la rendre imputrescible. Sinon, des petites bêtes pourraient vouloir s'en nourrir – et ce serait très embêtant, on est d'accord. »

Gants aux mains et masque sur le nez et la bouche, Laur acquiesça. Son père, satisfait, reprit ses explications tout en commençant à traiter une peau de chevreuil.

L'atelier, juste à côté de la maison, avait tout d'un musée des horreurs pour qui n'y était pas habitué. Une grande pièce emplie d'ustensiles divers et variés, de peaux et de mannequins prêt à accueillir les habits de tous types d'animaux ; quelques trophées de cerfs sur les murs, côtoyant des belettes, des pigeons et des renards – une morgue silencieuse et aseptisée dans laquelle résonnait toujours un air de musique classique. Monsieur Pääsuke avait ses petites habitudes.
Le jeune homme, lui, adorait s'y rendre. C'était presque devenu son sanctuaire : sa mère n'en était pas ravie, mais elle le laissait faire. Chacun ses passions.
Laissant son père tranquille le temps qu'il pratique diverses opérations qui n'avaient d'ors et déjà plus de secrets pour lui, Laur alla caresser du bout des doigts la silhouette fragile et innocente d'un chaton au pelage blanc. Sa mère, une adorable chatte couleur grisaille, avait à peine remarqué l'absence d'un des six chatons. Elle avait pourtant eu l'air peinée, lorsqu'il était tombé malade. A croire que tout s'oubliait.
Lui qui avait adoré jouer resterait éternellement sa petite patte en l'air, comme pour attraper le papillon qu'ils avaient accroché à son joli socle de bois ; appuyé contre une branche d'arbre synthétique, doux et immobile. Pauvre petit chat.

Et pourtant il avait tellement de chance, dans son malheur. Il ne partirait pas, ne mourait pas, et rien de mal ne pourrait plus lui arriver – c'était fini, tout irait bien. Personne ne blesserait plus jamais ce petit corps pelucheux.
Il ne blesserait plus personne, non plus.

Quinze ans et toujours aucune volonté de s'affirmer ; un sourire triste aux lèvres, Laur saisit la brosse et la passa doucement sur le dos de son petit compagnon.

« Les garçons ! » Dans l'encadrement de la porte, souriante et enjouée, Maarja frappa une petite baguette contre un triangle. « On mange, et je n'accepterai aucun retard. Le dernier arrivé n'aura peut-être plus rien, vous êtes prévenuuus. »

Masques baissés, père et fils échangèrent un regard.

Dans un brouhaha ponctué d'exclamations hilares, ils finirent à force de coups de coudes par s'effondrer dans la neige épaisse et cotonneuse.



« Anna ! J'ai, hm, remis tes rideaux, je vais devoir y aller. »

Depuis son fauteuil, la concernée émit une protestation polie.

« Allons, Laur – laisse moi au moins te faire du thé. Du thé, oui ? »

Son sourire aurait convaincu un misanthrope : battu à plate couture, il acquiesça gentiment.

Anna était une femme d'un certain âge, habitant une large propriété à dix minutes de chez lui ; il la connaissait depuis qu'il était tout petit et, à défaut d'avoir des grands-parents près de chez lui, il en était venu à la considérer comme une gentille grand-mère bien trop généreuse pour son propre bien. Elle n'avait pas d'enfants, ou du moins aucun qui daigne venir lui rendre visite ; la présence régulière du jeune homme, de ce fait, était aussi rassurante qu'appréciée. Les garçons de son âge prenaient rarement le temps de visiter les vieilles dames.
Lorsqu'elle revint dans la salle, un plateau de thé en mains, elle vit le garçon fixer son portable d'un air soucieux. Aussitôt, un voile assombrit son visage.

« Laur.

-Je dois vraiment y aller. Je dois... »

Réparer un truc chez Heiki. Sa voix se perdit en un murmure incompréhensible.

« Rien ne t'y oblige. Ton ami n'est même pas là en semaine, Laur. »

Son sourire mélancolique brisa le cœur de la vieille dame.
Confidente aux lèvres scellées par les promesses. Il l'en aurait presque plainte.

« Justement. »



Ce qu'il fait froid.

« Demure ? »

Une main serrée sur un paquet de feuilles blanches, l'autre sur celle de Laur, une petite demoiselle aux grands yeux chocolat lui jeta un regard intrigué.

« C'est, hm, une histoire que ma mère a écrite. Mais tu es sensée lire, Kristi.

-Et ça parle de quoi ? »

Doucement, le jeune homme aida son amie à sauter par-dessus le ruisseau.

« D'une hm fille qui vit dans une forêt gelée. Leena, souffla-t-il en reposant la demoiselle à terre. Elle tombe malade, en gros, et, euhm... Demure, c'est son ami. Comme elle n'a plus que trente jours à vivre, il accepte de partir avec elle. Pour hm voir du pays, réaliser ses vœux, tout ça.

-Et Babylon ?

-Un autre ami, répondit-il succinctement. Mais il les abandonne, parce que... Enfin, lui et Demure se fâchent.

-Oh. » Elle fronça les sourcils. « Ça finit bien, au moins ?

-... Le trentième jour, Leena rentre chez elle et s'effondre dans la forêt enneigée. Elle demande à Demure de rester avec elle et ils meurent de froid.

Fin. »



« … Empaillée. »

Je te préférerais empaillée.

« Pardon ? »

Les yeux rivés vers le mur, ouverts aussi grands que possible, Laur serra les draps contre ses clavicules nues. Un doigt glissa sur son épaule ; il ne frissonnait plus depuis longtemps.

« … Tu m'aimes ?

-Bien sûr, chaton. »

Alors pourquoi tu me fais du mal.
Je te hais tellement tellement.
C'est toi l'adulte, pas moi.
Ça fait trop longtemps.
Me laisse pas.




Ta mère boit toujours, Heiki ?
On a seize ans, maintenant. C'est moins marrant, hein.
De rentrer le week-end et de la trouver ivre.
Incapable et irresponsable, égocentrique.
Détraquée.
Elle s'arrêtera jamais, tu sais.
Ça fait trop longtemps.
Elle couche avec n'importe qui ?
« C'est triste. » Non, j'étais pas au courant.
Ou juste en partie.
Elle mourra bien un jour, t'en fais pas. « Ça va aller. »
Et ta sœur, elle boit aussi ? Pareil, hein.
Et toi ?

… Pareil, hein.



« Je voulais pas. »

Quelques larmes perlèrent au coin de ses yeux ; sans un bruit, pâles et irréelles, elles vinrent s'écraser sur ses phalanges crispées.
Deux mains ridées, fermes et décidées, vinrent serrer ses poignets avec une force qu'on ne lui aurait pas prêté.

« Laur.

-Je voulais pas.

-Laur, calme toi. Ça va aller.

-Anna, je voulais pas.

-Shhhh, du calme. Ce n'est pas de ta faute.

-Anna.

-En aucun cas. »

Il pleura de plus bel.
Ses larmes transparentes, sur le rouge de ses doigts tremblants, n'avaient pas même le poids de la conscience pour elles.



Penché au-dessus d'une tombe comme sur une peau à tanner, baignée d'éléments chimique ou de rosée, Laur ne sait plus trop où il va. Ses yeux vont et viennent d'un visage à l'autre, ses pupilles se rétractent et son cœur se contracte ; comme le chat, cette personne ne se réveillera pas. Ses larmes se confondent avec la pluie ou bien l'inverse, ses larmes tombent dans l'acide ou bien l'inverse – pas de bestioles nécrophages dans son monde, juste de belles images immobiles d'un passé auquel il faut toujours s'appliquer à enlever les tâches. Découper, ouvrir, défaire ce qui fait d'elle une personne pour en faire une image pure et statique, sans bruit blanc. Quelqu'un qui restera là sans faire de mal, sans être blessée non plus.
Après avoir posé les fleurs sur la tombe, il n'ose même pas regarder Heiki dans les yeux.

Ta mère a été tuée ? Je ne savais pas.

Elle a souffert dix secondes pour m'avoir tué sans arrêt pendant quatre ans.
Et pourtant il s'en voulait encore tellement.



Debout sur une vieille souche, Kristi partit d'un rire idiot. Elle avait bu ; Heiki, derrière, traînait des pieds pour d'autres raisons. Seul Laur, un sourire poli, toujours gentil au visage, réussissait à mettre un pied devant l'autre sans tanguer. Heureusement qu'ils n'étaient pas loin de chez lui.
A vingt-deux ans, il était aussi le seul à avoir un projet d'avenir sûr – aider son père, faire comme lui. Kristi travaillait dans une épicerie, et Heiki...
S'écroula par terre, au ravissement visible de la demoiselle dont le rire perça les nuages.

En deux enjambées, le jeune homme se retrouva agenouillé près de son ami.

« Heiki... Tu vas mourir de froid.

-M'en fous. Fais même pas froid, abruti. »

Dos contre la neige et plus sobre qu'il n'en avait l'air, le brun tira son sac près de lui ; en sortit une petite boîte, puis un drôle de casque.

« Ils ont dit que si tu voulais changer de vie, c'était ça qu'il te fallait. C'est cool hein ? Un putain de jeu débile. »

Laur, un sourire triste au visage, acquiesça sans trop savoir à quoi au juste. Kristi s'était allongée à son tour.

« Tiens. »

Hébété, il tenta d'abord de repousser le casque qu'on lui tendait ; devant l'insistance de son ami, il finit malgré tout par le saisir. C'était curieusement léger et lourd à la fois.

« Mais, il est à –

-Écoute. »

D'un geste rude, le jeune homme tira sur le col de son ami d'enfance. Leurs visages se frôlèrent un instant, rien que quelques secondes – et si ce ne fut qu'un murmure, Demure...
Les larmes montèrent aux yeux de Laur ; sans un bruit, il s'allongea entre ses deux amis.

Une fois le casque sur la tête, dix minutes des cris paniqués de Kristi n'y changèrent rien.

Et là-bas, au fond, on y est pas si mal.
Dream Land, c'est joli. Avoir une capacité est amusant. Le temps n'y a aucune emprise. Le corps ne s'y altère pas. Personne n'y meurt – du moins il croit.
Mon pauvre, pauvre petit chat.




» Toi le geek.



NOM/PSEUDO :  troll 
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JEU VIDÉO FAVORI : Atashi no Riri 5ever tu peux pas test.
FILM FAVORI : Atashi no Riri.
MANGA/SÉRIE FAVORITE : Atashi no Riri : kawaii chistmas.
COMMENT T'AS DÉCOUVERT LE FORUM ? : Topsite + Noise + autres squatteurs ftw.
T'ES UN OUF DANS TA TÊTE ? : *beer*
MANGER OU BOIRE ? : Ça dépend de si la bière se boit ou se mange.
JE TE SAOULE AVEC MES QUESTIONS ? : Oui. Et promis, je remplis tout sérieusement plus vite que l'éclair.
UNE DERNIÈRE ALORS, C'EST QUOI LE CODE ? :

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« Aggressive passive inhibitions ; laughs before an indecision.
Do I run or do I stay ? When all I do may fall away.
Lack of faith in what I trust, when all I measure turns to dust,
When all I know decays in vain - and I am left alone again. »

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Dernière édition par Demure le Dim 12 Jan - 2:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Demure ▬ We'll stitch it up.   Dim 12 Jan - 2:04

J'AI FINI, UEEEEPA.

Si l'histoire est pas ultra explicite par endroit, c'est voulu. C'est ça ou 40 pages supplémentaires, donc...  banane 
Mais si Noise est passé Dem ne peut que pas/meurt/

Donc voilà, merci merci, je reste dans le coin au cas où faille changer des trucs bidules ♥️ ♥️ love love.

_______________

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MessageSujet: Re: Demure ▬ We'll stitch it up.   Dim 12 Jan - 3:18

AHEM. Bonsoiir et rebienvenue à toi ♥!!

C'était dur de lire ta fiche parce que, ouais, mon cerveau tourbillonnait, parce que j'ai pleins d'idées de liens trokoul... Je viendrais faire mon marché plus tard. Passons à l'essentiel.

Ton persos il est attendrissant, un peu creepy, mais terriblement doux, malgré sa passion immodérée pour les choses empaillée. (Pas touche au lama, pls) Je ne sais pas depuis combien de temps je suis en train de la lire, en fait, je sais que j'ai été timeouté, en tout cas. Et ça ne m'a pas paru "aussi" long. Parce que j'ai été transporté. J'ai commencé à lire et puis, ton "style" est fluide, s'il y a des fautes, moi je n'en ai pas vu une seule.

Tu m'as rendu perplexe, je suis passée par l'incompréhension, au début. Certaines scènes se déroulaient peut-être un peu trop rapidement pour moi, comme par exemple quand il termine dans la flotte. Et puis soudain ça s'étire un peu, chez Heiki, ça ralentit l’atmosphère devient lourde, un peu moite peut-être. Et je me suis dit, "ah".(ça en dit long, pas vrai? :meurt:)

Et j'ai presque pleuré. Presque. Parce que tu n'écris pas d'adjectifs super larmoyant, pas d'hyperbole. Tu es toujours juste dans ta manière d'écrire, tout dans la retenue, peut-être pour ne pas enlever la dignité de ton personnage. Et voilà. Et j'ai trouvé ça bien. Et ton personnage je l'adore. Même s'il a l'air d'être un peu introverti, il a parfaitement les raisons de l'être. Même s'il est fasciné par des trucs empaillés. Et finalement je sais pas quoi dire d'autre. Peut-être que j'aurai aimé lire les quarante autres pages pour le découvrir un peu plus, mais j'ai l'impression que ce que tu nous a livré le meilleur format... Et bref. Je sais pas vraiment bien expliquer les choses. Et peut-être que tu t'en fous de ce que je viens d'écrire et c'est ton droit 8D!  Mais, je te valide avec un immense plaisir.

Tu connais le chemin de toute façon. Prépare-toi à une invasion, c'est dit. :jette des paillettes:



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MessageSujet: Re: Demure ▬ We'll stitch it up.   Dim 12 Jan - 19:05

♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Je t'aime et je te noie sous les lamas. Tu valides comme une Déesse ♥
Oui ça m'a fait trop plaisir, j'admets *pleure*
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