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 La lumière était éteinte alors je suis entré, en fracassant ta porte. [Blackberry Lily]
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Orpheus


Crimson District

Crimson District

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MessageSujet: La lumière était éteinte alors je suis entré, en fracassant ta porte. [Blackberry Lily]   Dim 21 Déc - 2:44

Il y arrive pas. Ça vient pas. Il y arrive pas Jakob. Ça vient pas. Il sert les dents. Il grogne. Ça l'agace. Ça l'agace. Il peut pas visualiser. C'est de la merdre. De la merdre. . Il grogne plus encore. Son pinceau dans sa main tremble. À moins que ce ne soit les doigts. Il peut pas. L'esquisse l'inspire pas. L'inspire plus. Le modèle en face de lui se tortille. Mais lui non plus il lui inspire rien. Il peut pas visualiser. Il se retourne, haletant. Il lui restait plus qu'une chose a faire.



Il se dirige a grand pas vers sa salle de bain, il l'ouvre d'un coup de pied impatient. Armoire a pharmacie. Il inspecte les flacons furieusement. Balance les vides. Un. Deux. Trois. Jusqu'à 10. Rien. Plus rien. Même plus de Marie. Il referme avec force la porte de l'armoire. Inspire. Expire. Les mains fermement agrippées sur le lavabo. L'artiste tombe nez a nez avec son reflet. Il vire au gris. T'as une tête de camé.


kling


Le miroir se brise. Les phalanges gauches incrustées dans le reflet. Profondément. Ça picote comme ça saigne. C'est une fontaine. Il retire sa main, ouvre le robinet pour la passer sous l'eau. Fait chier. Il se mord la lèvre comme pour forcer ses idées a s'organiser de manière cohérente. Plus de quoi s'envoyer le cerveau en l'air pour trouver l'Idée. Suffisait d'en racheter. Pas vrai?


Sauf que. Il pouvait pas. Il pouvait plus. Son dealeur était sur Hope. Il tremble. Il tremble. Qu'est-ce qu'il pouvait faire? Orpheus ferme difficilement le robinet pour enrouler une serviette autour de sa main blessée. Un artiste doit prendre soin de ses mains. Il regrettera demain, maintenant.


***


Boum fait son épaule contre sa porte. Il aurait pu sonner. Ouais. Il aurait pu frapper. Ouais. Jakob force la porte d'entrée, épaule jetée tout contre la porte. Une troisième fois. Ça fait mal putain. Il sert les dents.


-Eh. Mutti.


Sa voix est rauque d'avoir trop chialé d'impuissance ou d'avoir trop fumé. Il sait pas trop. Il regarde autour de lui. C'est propre ici. C'est rangé. Pas comme chez moi. Il grimace. Ça sentait les fleurs. Ça le rassurait un peu pour le coup. Elle arrivait toujours a me rappeler qu'il faut respirer pour vivre. C'était peut-être pour ça qu'il était là. Planté dans l'entrée. A pigmenter le sol de son sang. Jakob grogne un rire. Dents serrés. Qu'est-ce qu'il venait polluer la maison d'une adolescente? Il se sent ridicule Orpheus. Mais encore plus misérable.


-Mutti! T'es là? Son ton trahi son impatience.


Pourquoi t'es pas venue m'emmerder avec tes fleurs cette semaine Lily? Il entre donc. Le prétexte finalement trouvé. Il glisse sa main emballée gauchement dans des lambeaux de chandail dans sa poche. Il venait pas se faire gueuler dessus. Ou pas trop. Il jette un coup d'oeil en arrière. Il lui paierait une nouvelle porte. Peut-être. Il avance jusqu'au salon. Un pied après l'autre qui soulève inlassablement la même question. Pourquoi ici? Qu'est qu'il allait lui dire? Il passe sa main sur son visage. Il sait pas. Il sait plus. Il arrivait juste pas a visualiser. Ça le bouffait.


Il tourne en rond. Use le joli tapis avec ses vieilles godasses. Elle semble pas encore là Lily. Ou peut-être qu'elle dort. Il était tard. Le matin allait arriver dans quatre heures. Putain. Il inspire. Il voulait tout casser. Mais est-ce que ça allait vraiment l'aider? Il voulait juste parler le Jakob. Il balance ses godasses. Un bain. A défaut de tout casser. C'est un bon deal, eh?



Il cherche la salle de bain. Trouve la cuisine. Il grogne et y balance son sa chemise. Il essaie une autre porte. Et ça tourne un peu dans sa tête. Parce qu'il arrive pas a visualiser. Il angoisse. Ou il fait une crise de manque. Il sait pas trop.


Mais c'était pas la Marie qui le faisait souffrir du manque. C'était la fuite d'inspiration. De l'éclat de génie qui transformait un tableau en oeuvre. Il aurait pu la trouver. La réponse. L'inspiration. Si seulement il avait pu titiller du bout des lèvres le paradis artificiel. À défaut de pouvoir faire autrement.


Il grogne une énième fois, le corps et le coeur tremblant. Il sait plus grand chose Orpheus. Elle était où hein? Ses pieds s'emmêlent un peu, il manque de tomber. Il se relève. Jure. En plus d'avoir perdu l'inspiration, il avait pas pu trouver/réveiller Lily et maintenant il trouvait même pas la baignoire. Il en aurait pu en chialer s'il était pas en tant occupé à insulter les chiottes en allemand.

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Blackberry Lily


Dreamland

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MessageSujet: Re: La lumière était éteinte alors je suis entré, en fracassant ta porte. [Blackberry Lily]   Sam 3 Jan - 18:35


You play wrong when midnight comes
feat Orpheus.

La fraîcheur nocturne picota le bout des doigts de Marie-Louise à travers ses gants, lorsque la porte d’entrée se referma sur elle après qu’elle ait salué sa jolie voisine d’un signe de main. Les talons de ses bottines claquèrent contre les marches blanches et elle s’enfonça dans l’obscurité qu’éloignait péniblement la lueur qui émanait du perron.
Elle tourna à gauche sans crainte, suivant du bout des doigts les arabesques du lierre sur le vieux muret : la nuit ne lui faisait pas peur. La nuit l’attirait en chuchotant, l’obscurité posait ses mains sur ses yeux et l’emmenait là où personne ne pouvait la retrouver. Mais pas ce soir. Car malgré l’heure, Louise était parfaitement consciente de l’existence du couvre-feu, ainsi que des sanctions encourues en cas de manquement à la règle. Et, quoi que cela dût nuire fortement à son commerce de nuit, elle ne tenait pas à se faire prendre la main dans le sac en pleine promenade hors des heures autorisées. La perspective d’un séjour en prison ne l’attirait, à dire vrai, pas du tout.
C’est pourquoi elle ne s’autorisait qu’à traîner chez sa première voisine jusqu’à des heures impossibles, du fait de la faible probabilité de trouver un agent de police faisant le pied de grue sur le trottoir de sa rue.
Et en effet, pas plus de chien de garde cette nuit-là que toutes les autres. La jolie blonde avait fini par se lier d’amitié avec la plupart de ses voisins, depuis que les mesures de restriction l’empêchaient d’aller et venir la nuit, notamment entre les îles. C’est qu’elle avait tendance à vite s’ennuyer le soir, une fois les occupations manuelles et tous ses livres épuisés.
Et au final, au fil des invitations, elle n’avait pas eu une minute à elle depuis une ou deux semaines.

Blackberry s’arracha à l’obscurité en engageant les froissements de sa robe sous la lueur des lampadaires. Elle poussa le portillon qui grinça légèrement, puis monta rapidement les marches jusqu’à la porte d’entrée. Et s’arrêta net.
La porte qu’elle pensait solide gisait en travers de l’encadrement, branlant sur ses gonds comme seuls ligaments subsidiaires qui la retenaient au reste de l’édifice. Une faible lueur brillait au cœur de la maison. Un coup de frayeur la saisit à la poitrine, et pourtant ses pieds refusèrent de reculer. Elle posa une main sur le chambranle, ses neurones s’agitant entre ses tempes. Impossible d’aller chercher de l’aide auprès des autorités PNJ, pas à cette heure, pas avec le couvre-feu. Mais d’un autre côté, qui sait qui pouvait avoir pénétré sa maison, et quelles pouvaient être ses intentions.
Lily n’avait pas peur du noir
Parce que tu sais
mais redoutait parfois ce qui pouvait s’y cacher. Et tout particulièrement quand l’inconnu se présentait ainsi, dans les entrailles d’une
de sa
maison. Une douloureuse impression de déjà-vu la fit déglutir. Ses doigts enroulèrent quelques filets de lierre inconsciemment : elle ne pouvait pas rester là toute la nuit, pourtant. La jeune fille ferma brièvement les yeux : son pouvoir pouvait être utile en cas d’agression, mais bien moins que par l’utilisation habituelle. Lorsqu’elle n’avait pas le temps de s’arrêter sur la création d’une vision, la tentative précipitée s’achevait généralement dans un éclair hallucinatoire qui ne désorientait l’agresseur qu’une seconde. Ce qui signifiait qu’elle allait devoir s’y préparer en entrant, car elle n’avait pas d’autre moyen de défense à disposition.
Lily rouvrit les yeux, soupira, et enjamba prudemment les vestiges de la porte d’entrée.
A pas de loup, les yeux fouillant fiévreusement l’obscurité, elle s’avança vers le salon, d’où provenait la lumière qu’elle avait déjà remarqué. Les maisons de Dream Land étaient relativement grandes, mais la sienne s’articulait autour d’une pièce centrale : pas de dédale de couloirs inextricables dans celle-ci. Et c’était certainement mieux comme ça.
Quoi qu’il en soit, la lumière était allumée, mais il n’y avait personne. Lily s’avança en fronçant les sourcils, remarquant que rien n’avait l’air d’avoir été dérangé. Puis elle remarqua une paire de chaussures qui traînait dans un coin. Avant de sursauter violemment en entendant un flot de paroles rageuses s’élever du bout d’un couloir attenant.
Lily se tourna dans cette direction en s’efforçant de calmer les battements de son cœur : mais accolée à la frayeur se montrait petit à petit une nouvelle émotion. Elle pensait avoir reconnu cette voix. En fait, elle en était quasiment certaine.
Et elle ne savait pas trop si elle devait se sentir juste stupéfaite ou également terriblement en colère.
La jeune fille s’engagea dans le couloir d’un pas vif, effleurant en passant l’interrupteur pour allumer la lumière, et parvint devant la porte grande ouverte des toilettes.
« Jakob. »
C’était bien lui, et il faisait peur à voir. Lily ne manqua pas de remarquer que, pour commencer, après ses chaussures il avait bazardé sa chemise. Puis son visage blême et les valises sous ses yeux, qui étaient plutôt des traits communs, à ce qu’elle savait de lui. Enfin, la façon hargneuse dont il invectivait les toilettes. De l’allemand, elle n’avait que des notions, mais ça n’avait pas l’air plus joli à comprendre qu’à écouter.
Tout cela était effectivement assez inquiétant mais plutôt « normal » quand on parlait d’Orpheus. En particulier quand il avait bu. Sauf que – et Lily s’en rendit compte lorsqu’il tourna la tête vers elle – il n’avait pas bu. La lueur dans ses yeux était plus inquiétante que tout le reste.
« Qu’est-ce que vous faites l- » Ses yeux verts s’arrêtèrent soudain sur une tache sombre qui s’élargissait à vue d’œil près de la main du peintre et s’écarquillèrent. « V-… tu saignes. »
Le brusque passage au tutoiement ne se fit même pas remarquer dans son esprit. Louise avait énormément de mal à soutenir la vue d’une blessure ouverte. La traite de fragile créature qui veut. Un frisson de douleur lui courut à l’échine, comme si c’était sa peau à elle qu’on avait sauvagement entaillée, et elle ferma les yeux pour s’interdire de vaciller. Ce n’était vraiment pas le moment.
Un peu de courage ma fille. Ou un peu de tenue, s’il n’y a que ça.
Ses paupières soulignées de noir battirent plusieurs fois sur ses yeux verts, comme pour clarifier sa vision. Puis elle fronça les sourcils et saisit vivement le poignet valide du peintre, qu’elle tira sans ménagement jusqu’au salon.
« Bon sang. » Souffla-t-elle entre ses dents serrées, avant de le pousser dans le canapé le plus proche. « Restez là. Je vais chercher de quoi soigner – un vague geste de la main - ça. »
Elle avait cessé de se demander jusqu’où cela pouvait aller.

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Orpheus


Crimson District

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MessageSujet: Re: La lumière était éteinte alors je suis entré, en fracassant ta porte. [Blackberry Lily]   Sam 3 Jan - 23:14

« Jakob. »

Il se retourne. D’un coup. En clignotant des yeux avec force. Surpris par la lumière. Lily. Si tu savais. Il s’accroche à son prénom avec force. A sa voix. Sa lèvre tremble un peu. Comme ses poings. Rassuré par la présence de l’adolescente. Assez pathétiquement, d’ailleurs. Qui était l’adulte ici ?  Il s’oublie un instant dans ses deux yeux émeraudes. Le temps s’arrête. Une seconde au moins. Il se rappelle qu’il doit respirer. Alors il inspire avec force. Donne de l’énergie à ses guibolles. Le mouvement à peine esquissé. Il sait pas quoi répondre. Il sait pas quoi cracher en premier. Il sait pas quoi lui dire.

« Qu’est-ce que vous faites l- »   Qu’est-ce que tu causes bien quand tu me vouvoie.

« Tes fleurs » Articule-t-il difficilement. « T’es pas venue » Il se pince les lèvres. Justification piteusement lancé. Parce qu’il n’en avait rien à foutre de ses fleurs. Il perd son regard dans ses cheveux blond. Sur son visage qui avait encore gardé ses rondeurs d’enfants. L’œil brillant. Il sait pas quoi dire. Il sait pas trop comment justifier son engueulade avec ses chiottes. Il se souvient plus vraiment de qui avait commencé le premier. Les chiottes ou lui ? C’était peut-être le miroir, en fait. Qu’est-ce qu’il fait ? Il sait pas. Il sait plus. J’y arrive plus Lily.

 « V-… tu saignes. »

Il entre-ouvre ses lèvres. Eh. Finement remarqué, moi j’avais oublié.  Il agite délicatement ses doigts. Ça picote.  Il baisse son regard sur sa main blessé.

-Eh. Je te rachèterai un tapis Mutti. Et une porte aussi. En passant. Mais il a pas le temps d’y revenir. Ou de préciser. Parce que les doigts délicats de Lily se referment sur son poignet. Ça lui arrache un frisson. Lui rappelle décembre. Elles étaient si froides les mains de Lily. Si froide. Que ça l’arracherait presque de sa torpeur. Ses jambes suivent le mouvement initié par la petite blonde ;

« Bon sang. Restez là. Je vais chercher de quoi soigner  ça. »  

Il se laisse tomber dans le fauteuil. Sans aucune élégance. Il en était pas capable. Surtout maintenant. Il était même pas capable de réfléchir à quelque chose d’élégant ou d’approprié à dire. Comme ça. Il évite simplement de dégueulasser le reste de son intérieur. De sa main valide il attrape à son tour. T’en vas pas. T’en vas pas.

Laisse. On s’en fout.

Il se redresse et glisse sa main dans la sienne. Il inspire. Il sait pas trop où commencer Jakob. Par où finir. Il a pas de belle phrase à sortir. Pas de belles excuses non plus. Il sait rien faire. Il sait pas quoi dire. Même pas quoi peindre. Eh. Je suis pathétique Lily, tu sais ? Ses yeux remontent avec délicatesse pour aller cueillir les siens. Ses doigts refermés contre les siens. Il s’accroche à ce contact pour pas couler. Pour pas chialer. Pas encore. Il était pas assez ivre pour justifier ses larmes. Pas assez ivre pour justifier la folie de ses actions. Maintenant qu’il était là, devant elle, il avait plus envie de le prendre, son bain.

- J’arrive pas à visualiser Mutti… Et ça sonne plus fort que dans sa tête. C’était la dure réalité. Je tenais un putain de truc. C’était là. Je te jure. Il sert plus fort sa main. Sa voix deraille. Mais pas que. Pas que. C’était LA. SUR MA PUTAIN DE LANGUE. Il crie. Il sait pas faire autrement. Sa frustration coule avec véhémence. ça aurait pu être… Il tremble maintenant. Ferme les yeux avec force. Esquisse un sourire. Un rictus. -Je fais que de la merde.  Il relâche ses doigts, soudain. La déclaration l’ébranle plus qu’il ne l’aurait voulu. La situation aussi. Tu me fais chier. Tu me fais chier. C’était pas à elle que ça s’adressait. Et pourtant. - Si seulement t’étais venue m’apporter des fleurs. On en serait pas là. Et peut-être que cette fois, j’aurai fais l’effort de te recevoir comme une reine.
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Blackberry Lily


Dreamland

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MessageSujet: Re: La lumière était éteinte alors je suis entré, en fracassant ta porte. [Blackberry Lily]   Sam 17 Jan - 1:13

Elle l’entend balbutier des histoires de fleurs comme derrière la vitre close d’une voiture ou à travers des mètres cubes d’eau ; ça ne fait qu’effleurer les oreilles de Lily, comme la prise de tête avec ses cabinets, comme la porte ou le tapis. Elle ne sait même pas pourquoi il parle du tapis ; à vrai dire, elle n’a ni vraiment envie de le savoir, ni l’intention de s’arrêter pour le lui demander. Si cela avait été quelque chose d’important, elle serait complètement passée à côté.
Ne pas céder à la panique. A l’instant, c’est tout ce qui compte, avec le teint de cadavre frais du peintre qui chancelle au milieu de son salon.
La jeune fille répèterait « bon sang » encore plusieurs fois du bout des lèvres si celles-ci ne se retrouvaient pas soudées par la force des évènements. Elle se contente de les serrer à les faire blêmir, tirant sur la main d’Orpheus comme si c’était lui qui allait la guider.
Au moins il n’a pas vomi, au moins il est encore capable de parler et de marcher, au moins…
« Laisse. On s’en fout. »
La main de l’homme rattrape Lily avant qu’elle puisse s’esquiver, courir chercher ce qu’il faut, respirer peut-être. Sa poigne n’est pas douce mais ne lui fait pas mal au poignet ; pourtant elle dégage une détresse qui lui fait froid dans le dos et s’attaque immédiatement à son épiderme. Impression de se laisser couler.
Un frisson lui remonte sur la nuque. Un frisson qui a tout du choc thermique, un frisson douloureux ; c’est elle qui a mal soudain. Il est malade, il la rend malade par sa main contre la sienne – elle a la peau à vif comme si ses doigts étaient des lames de rasoir.
Et en arrière-plan, chaque gouttelette rougeâtre qui suinte plante une aiguille dans la chair de son dos.
Mais Lily ne résiste pas – malgré tout, elle n’en a pas la force - elle pivote pour lui faire face, attirée par la ligne qui l’a prise au bout des doigts.
Et le voir comme ça lui fait mal. Ce n’est pas comme si c’était la première fois qu’elle a droit à un Orpheus dans un état déplorable ; seulement un Orpheus qui ne se roule pas par terre ou dans sa baignoire, ça lui arrache les mots sévères des lèvres. Elle ne sait plus quoi faire ni quoi dire ; comme si un mot, un geste, pouvaient tout casser. Elle était à deux doigts de perdre ses moyens. L’impuissance qui lui serre le cœur. Si proche.
« J’arrive pas à visualiser Mutti… » Sa voix semble soudain plus proche, plus consistante. « Je tenais un putain de truc. C’était là. Je te jure. C’était LÀ. SUR MA PUTAIN DE LANGUE. »
Et un instant elle tressaille, son cri réussit à lui faire peur. Elle ne sait pas si ça s’est vu sur son visage. Ses mains tremblent un peu, il n’y a qu’un ou deux mots qui restent, des mots qu’elle ne comprend pas. De toute façon, en l’essence, elle ne comprend pas cette fièvre qui l’anime, jamais. Ou peut-être que si, un peu, et que c’est le plus terrifiant. La poigne de l’artiste se resserre sur ses doigts comme pour les briser.
Qu’est-ce qui nous arrive bon sang.
Mutti, Mutti, Mutti – Maman, quand était-ce ? La dernière fois que j’ai osé t’appeler quand j’avais peur. La dernière fois que j’ai pleuré après toi, la dernière nuit –
Elle a mal à la main maintenant, tellement il la serre fort. Mais ça serre aussi son cœur.
Si fort. Si fort.
Finalement, elle n’y tient plus, et quand une nouvelle volée de mots cruels franchit les lèvres d’Orpheus, la jeune fille saisit la tête du peintre entre ses mains, presque pressante, comme si ce simple geste pouvait contenir l’effondrement d’un barrage invisible, quelque part où elle ne pouvait pas l’atteindre. Très calme et d’un autre côté si tremblante, comme prête à fondre en larmes à sa place. La certitude des gestes pour raccrocher et tout ce qu’il y avait de terrifiant dans la situation. De l’autre côté du miroir.
Ses mains se réchauffent au contact de sa peau brûlante. Comme s’il avait la fièvre – quoi qu’en fait c’est ça qui le ronge, glissant sous son épiderme comme des faisceaux électriques à l’en épuiser. Une fièvre qui ne baisse pas, que les cachets n’apaisent pas.
« Tu me fais chier. Tu me fais chier. » Les mots vibrent sur ses lèvres. « Si seulement t’étais venue m’apporter des fleurs. On en serait pas là. »
Mais elle ne l’écoute plus, Lily. Son regard vert se plante dans les yeux du peintre pour le garder avec elle, ses mains descendent sur sa nuque sans desserrer leur prise. Sans lui demander son avis, ce qu’elle ne fait de toute façon jamais, l’adolescente applique son front contre le sien, son nom au bord des lèvres, chuchotant du bout des lèvres comme à un enfant. Celles-ci s’égarent sur ses tempes et son souffle sur ses joues – mais pas plus loin non, pas Lily non.
Allez, respire. Elle a appuyé un genou sur la cuisse de l’homme tremblant dans son canapé, et inconsciemment son corps lui imprime un infime bercement. Respire.

« Shhhht, calme-toi. » Ce n’est pas comme si elle pouvait lui apporter de réconfort plus tangible, malheureusement. « Ça va aller, d’accord ? »


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