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  ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"
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Blackberry Lily


Dreamland

Dreamland

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Messages : 44
Date d'inscription : 08/08/2014
Localisation : Au fond des bois.

MessageSujet: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 2:10


❝BLACKBERRY LILY


• Comment tu t’appelais ?
Marie-Louise d’Harcourt.
• Tu as choisi quel pseudo ?
Blackberry Lily.
• Tu as quel âge en fait ?
16 ans.
• Tu viens d'où ?
France.
• Tu veux aller sur quelle île ?
Dream Land.
• Tu fais quoi dans la vie ?
Vendeuse d’allumettes.
Spoiler:
 
• T'es un super-héros ?
Illusions.
Spoiler:
 


» Mémorisation Physique.



• La couleur de tes yeux de biche ?
Blackberry a des prunelles couleur vert printemps. Un vert tout doux qui peut passer inaperçu, mais aussi un vert qui tire un peu sur le jaune et prend des reflets rusés. Elle sait à merveille écarter ces yeux-là pour prendre un air innocent ou les plisser légèrement, charmeuse. Ses yeux, cela dit, savent parfaitement ce qu’ils doivent cacher ou déclamer : bien imprudent est celui qui se fient à ce qu’ils expriment.

• Et celle de tes cheveux au vent ?
Il est de notoriété publique que toucher aux cheveux de Lily est un acte passible de la décapitation immédiate. S’il y a une partie d’elle-même qu’elle chérit plus que les autres, il s’agit bien de sa chevelure : blonde comme le blé, opulente aux reflets dorés sur des boucles soigneusement entretenues, qui lui descend en pointe un peu en-dessous des omoplates et surmonte en frange balayée ses jolis yeux verts. On pourrait y perdre ses doigts, à caresser ces mèches douces ou les remettre en place. Difficile de résister à la tentation de les effleurer.

• Tu sens la rose ou tu pues le yack ?
Coquette, Lily se maquille et se parfume quotidiennement et prend grand soin de son apparence. Ainsi, elle traîne toujours dans son sillage une légère senteur de fleurs, de savon frais ou de baume au miel, quand ce n’est pas une discrète odeur de poudre et de maquillage.

• Taille & Poids ?
Si Blackberry Lily n’est pas la plus grande fille qu’on puisse rencontrer, elle n’en est pas naine pour autant. D’aucuns diront qu’elle fera, à la fin de sa croissance, la taille parfaite pour une fille mignonne : pas trop grande, menue, lorsqu’elle se tient droite elle tend peut-être vers le mètre soixante-huit. Le péché de gourmandise lui fait dissimuler quelques vagues rondeurs insatisfaisantes sous ses robes à volants, qu’elle fera un jour disparaître à l’aide d’un régime de fer, lorsqu’elle aura le temps. En tout cas, Lily sait très bien paraître plus jeune que son âge, que ce soit pas ses airs tour à tour mutins et ingénus, sa voix aiguë aux intonations faussement infantiles ou une façon particulière de se tenir sous ses capes vertes lorsqu’elle sort de nuit, son panier sous le bras.

• Signe distinctif ?
Le tatouage de son île est situé sous son nombril.


» Analyse cérébrale.



• On n'est pas parfait hein ?
Loin de là, même si l'intéressée démentirait en jurant sur la Bible qu'elle est la créature la plus adorable du monde. Blackberry Lily a le port et l'attitude d'une dame plus vieille que son âge, ou du moins tente de se le donner : elle juge sans vergogne et critique sans plus de compassion. Hurler et courir, la grossièreté et les comportements portant atteinte aux bonnes mœurs, sans compter les nuisances sonores, rien de tout cela ne l'enchante et elle n'hésite pas à gratifier les importuns de cette nature de son air méprisant. D'un autre côté, Lily est aussi la jeune femme la plus puérile du monde : sous ses grands airs se cache la petite fille qui jamais, au grand jamais, n'a voulu qu'on la traîne de force, pieds et poings liés, dans l'âge adulte. Et celui qui touche à cette enfance qui saigne, celui-là n'en aura pas fini de souffrir.
Cette fillette, elle est capricieuse, boudeuse, rancunière, menteuse à ses heures perdues et quelque peu manipulatrice. Si on lui fait du mal, elle se venge, et l'agresseur paie le prix fort. Elle n'aime pourtant pas blesser les autres, ou peut-être que si... en tout cas, elle aime qu'on se batte pour elle et pour son attention, elle aime être la cible des regards, elle aime être cajolée, qu'on l'invite à danser la première, qu'on lui lance des regards brillants et des baisers du bout des doigts. Elle n'est pas la dernière à se coller subrepticement à un garçon en lui faisant les yeux doux pour avoir ce qu'elle veut : assez comédienne, elle s'amuse à entortiller les gens comme des mèches de ses cheveux blonds autour de son petit doigt. Cependant malgré ses formes qui se développent et ses airs audacieux, quelque chose gêne chez Lily, quelque chose de vague qui met le séducteur mal à l'aise. Quand on voudrait effleurer ses cheveux et embrasser ses lèvres roses, quelque chose murmure que ça ne va pas, que ça ne devrait pas, que Lily n'a pas fini de grandir et ne le fera peut-être jamais. Qu'elle ne sait pas ce qu'elle fait ou peut-être trop. Qu'il y a quelque chose de malsain qui l'enserre dans ses griffes, et que c'est pour ça que Lily, elle ne se livre pas, elle ne laisse pas filer et ne fait pas confiance, qu'elle garde pour et qu'au fond, elle est seule.
Mais peut-être que la solitude ne la dérange pas tant que ça.


• Mais on gère la fougère ?
Mais Blackberry est jolie, Blackberry est aussi joyeuse, elle danse et elle rit, et elle garde les secrets et elle aide et elle console. Lily est une amie convenable, et ce que Lily raconte sur les gens mal élevés et trop grossiers à son goût, au fond, elle ne doit pas le penser à fond. Il est facile de la faire rougir et de la faire tomber de son piédestal, de la mettre gentiment en colère ou de la taquiner. Elle est spontanée, regrette aussitôt, fait la tête mais revient quand même, parce qu'elle aime la compagnie et pas rester brouillée. Lily a de l'imagination, et si elle est souvent un peu coincée, voire même rabat-joie, au moins reste-t-elle prudente, et la voix de la sagesse parle de temps à autre par ses lèvres.
Quoiqu'un peu paresseuse, elle n'en reste pas moins bien curieuse, studieuse aussi, appliquée, minutieuse, presque maniaque s'il faut le dire, parce qu'elle aime le travail bien fait et les pièces bien rangées.
Elle rêve aussi, Lily. Tout le temps.


• Tu préfères les garçons, les filles, les deux, les chatons ?
Hétérosexuelle.

• Moi j'ai un rêveuuuh ?
Lily n’attend rien de spécial de sa vie actuelle ou future. Elle vit au jour le jour.

• T'as peur de quelque chose ?
Si Lily ne redoute aucun fantôme, la violence l’effraie, tout comme la vue du sang.

• Quels sont tes goûts ?
Classique peut-être, mais Blackberry a un penchant particulier pour tout ce qui est sucré. Les gâteaux sont sa hantise, parce qu’elle les adore autant qu’elle redoute leur retombée sur sa taille de guêpe – ou qui devrait l’être en tout cas. L’acheter par des douceurs est une manœuvre courante qui, quoiqu’un peu passée, fonctionne toujours aussi bien. Blackberry aime les jolis vêtements et les contes de fées, les vieilles histoires et tout ce qui a un parfum d’antique, d’enchanté. Elle ne supporte pas la nourriture trop forte, les gens vulgaires, la saleté et la mauvaise conduite. La langue anglaise la fascine, tout comme la poésie et le dessin – quoi qu’elle soit incapable elle-même de tracer des lignes correctes. Elle aime également s’essayer au travail manuel, bien qu’elle ne soit effectivement pas très habile de ses mains. Elle déteste les sciences en général et dans une moindre mesure, l’informatique et les jeux vidéo. Enfin, s’il y a un domaine dans lequel Lily excelle, c’est celui de la botanique : rares sont les plantes à passer sous ses yeux sans voir leur nom révélé sur un petit ton satisfait, dans la langue de Shakespeare ou celle de Ronsard. La jeune fille a une véritable passion pour les fleurs et connaît leur langage sur le bout des doigts.

• Signe distinctif ?
Aucun.


» Chargement du jeu.



• On a tous un passé :

Il était une fois une petite fille
Marylou, Marylou, Marylou
qui habitait dans un grand manoir, tout au fond des bois
Marylou, Marylou, Maryluiz
et qui rêvait du loup.






Personne ne veut jamais jouer le méchant de l’histoire.

Mais quand on joue dans les bois, Marie-Louise veut toujours être la sorcière.
Elle se perche entre les branches, ses jambes bottées de blanc se balançant sous les rameaux tendres, avec aux lèvres ce sourire machiavélique qui fait chavirer leurs cœurs d’enfants.  Et au fond des bois, dans une obscurité fictive, elle les attend dans son écrin de ronces et le soleil fait jouer des reflets dans ses boucles blondes.
Elle est sous ces lèvres à la moue charmante, la méchante sorcière, la plus jolie de leurs contes de fées ; elle trouve toujours plus amusant le rôle de la méchante.






▬ septembre 2018


Les corridors étaient vides et sombres et les murs immenses, ils s’élançaient au-dessus de sa tête comme des voûtes d’arbres morts que rien n’éclairait. Dans les entrailles sans fenêtres de son manoir, le pas trottinant de Marie-Louise résonnait comme dans un caveau. La fillette de huit ans serrait contre elle une poupée défraîchie, ni lumineuse ni animée, comme un rempart contre les ténèbres.
Papa et Maman étaient partis depuis longtemps.
Elle erra de couloir en couloir pendant quelque chose comme des heures, se donnant l’illusion que chaque pas la perdait un peu plus, l’attirant vers un monde où glissaient des tentacules voraces dans l’obscurité et dont elle ne pourrait jamais s’enfuir. Et puis enfin, sur le premier palier, elle aperçut la porte et le rai de lumière qui filtrait en-dessous. Sa petite main s’éleva et frappa deux coups avant de tourner la poignée.

« Ana ? Tu viens jouer avec moi ? »

La voix de sa sœur aînée, pas totalement sèche mais plutôt vaguement ennuyée, répondit sur un débit rapide :

« - Je suis occupée. Va jouer à la poupée.
- Mais…
- J’ai pas le temps, Louise ! »

La fillette baissa la tête, se balançant d’un pied sur l’autre sans lâcher la poignée, ni des yeux le dos d’Anastase qui ne s’était même pas retournée. Dire qu’elle n’avait pas envie de retourner dans l’obscurité des corridors ou la solitude de sa chambre n’aurait rien arrangé. Elle jeta un regard par la fenêtre qui laissait passer des lueurs d’automne, puis recula et referma tristement la porte.

Tap, tap, tap, faisaient ses pas dans la grande demeure silencieuse. Marie-Louise avait eu des amis autrefois. Des enfants avec qui elle jouait au fond des bois, à courir entre les branches et à se cacher derrière les troncs. Des jeux de princesses et de chevaliers, des filles avec qui partager des malices et des garçons à tourmenter, prêts à tout pour ses beaux yeux. C’était avant.
Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas quitté le manoir.
Marie-Louise descendit lentement le grand escalier de l’entrée, puis longea les murs jusqu’au petit salon, dépassant un à un des cadres remplis de photos les représentant elle et Anastase depuis leur naissance. Intercalés entre ces cadres, il y avait des espaces que Papa et Maman n’avaient jamais eu le temps ou le courage de combler, et Louise savait que s’ils n’avaient pas été vides elle y aurait vu l’image d’une fillette qu’on avait jadis appelé Andy.
Elle ne connaissait pas son nom. Il avait été écrit au bas des cadres que Papa avait jeté au feu, deux ans plus tôt. Lorsque sa cadette avait été emportée par une maladie dont la blonde benjamine était incapable de se souvenir le nom. D’Andy elle-même, Louise n’avait qu’un vague souvenir : des mèches aussi claires que les siennes, un sourire plein de fossettes et des yeux brillants semblables à ceux d’Ana – un voyage entre une immensité bleue et une immensité vert bouteille qui l’enfermait dans un cercueil de feuillage. Elle se souvenait des motifs tracés sur la peau d’Anastase par le soleil qui filtrait entre les branches et ricochait sur le pare-brise de leur voiture. Et puis des sanglots filtrant sous les portes la nuit comme une lumière trop pâle – si son fantôme errait tristement dans les couloirs sans savoir où aller.

Marylou, Marylou, Marylou…

La fillette s’arrêta au bas des marches, serrant sa poupée contre elle, et leva les yeux…





▬ octobre 2018


Par la fenêtre de la salle de musique, Marie-Louise pouvait voir les feuillages qui murmuraient au carreau, au diapason de la voix monotone du vieil homme qui sentait la poussière et toussait trop. Ses diaporamas projetés sur les grands murs vides lui faisaient l’effet de vieux tableaux sans queue ni tête et lui donnaient l’envie de détourner les yeux, mais chaque fois le précepteur la rappelait à l’ordre.
Et Louise était une élève studieuse.
Louise voulait faire plaisir à ses parents.
Peut-être qu’alors ils reviendraient plus souvent. Peut-être qu’ils penseraient enfin à faire réparer les lumières au centre de la maison, avant que les arbres sombres n’y poussent et ne l’envahissent, avant que son cœur ne devienne noir, noir de ronces et de pierres renversées. Avant que des choses horribles ne viennent s’y tapir.

Reviens Maman. Tu as mal fermé la porte.

Le gong sonore de l’horloge holographique fit courir un frisson sur l’échine de la fillette, alors que simultanément un crissement de pneu sur du gravier retentissait dans l’allée. M. Lantier termina soigneusement sa phrase, feignant de ne pas remarquer la dissipation instantanée de son élève, puis referma son ordinateur et le rangea soigneusement dans sa mallette. Marie-Louise fit de même avec ses affaires avec des gestes extérieurement mesurés, tandis qu’à l’intérieur elle ne pouvait contenir des trépignements d’impatience.
De fait, à peine le vieux monsieur eut-il quitté la pièce sur un échange de saluts que la fillette se précipita à la fenêtre avec tant de fougue qu’elle faillit tomber.
Du fond de la cour, il leva les yeux vers elle et lui sourit.
Il était blond comme les blés, ses yeux étaient d’un bleu cristallin, et il était beau comme un prince. Comme chaque fois qu’il s’y tenait, droit et fier, une main sur la porte de la grosse voiture noire qu’il conduisait pour le précepteur, Marie-Louise rougit et cacha son visage dans les rideaux en glissant un regard timide à son sourire derrière le velours vert. Et comme souvent, il leva la main pour la saluer ; sur un demi-sourire hésitant, ravi, la fillette se balança un instant sur la pointe des pieds, puis fit volte-face pour s’enfuir en courant et étouffer un gloussement émerveillé. Elle le laissa filer dans son oreiller en sautant sur son lit avec un manque de retenue indigne d’une demoiselle.
Mais il était si beau.

Marylou, Marylou, Maryluiz.






Ana est méchante avec moi.
C’est pas juste, j’en ai assez d’être toute seule.
Pourquoi tu ne viendrais pas jouer, toi ?
Comme ça tu pourrais enfin dormir…






▬ novembre 2020


Il y avait des poissons rouges géants, avec des nageoires d’or immenses et magnifiques, qui voletaient au plafond. Ses longues mèches blondes répandues sur le tapis, ruisselant le long de ses bras étendus dont les doigts frôlaient un parquet froid, Marie-Louise les suivait des yeux en silence. Sous l’eau, la bouche ne sert qu’à retenir l’air.
Sous l’eau, sous l’eau…
La fillette ferma les yeux, se concentra à peine, puis se rassit brusquement – faisant fuir les poissons majestueux – et rouvrit le lourd livre à la couverture de cuir qui reposait sur ses genoux. Ses lèvres roses formulèrent en silence les mots qui couvraient les pages d’antique papier plein – « Hélas ! que n'ai-je quinze ans ! soupirait-elle. Je sais que moi j'aimerais le monde de là-haut et les hommes qui y construisent leurs demeures. » - et même sans fermer les yeux, ses pieds se joignaient en une queue irisée de nacre, et les flots la submergeaient.
Père, laissez-moi monter à la surface.
« Elle mit sur ses cheveux une couronne de lys blancs dont chaque pétale était une demi-perle et elle lui fit attacher huit huîtres à sa queue pour marquer sa haute naissance.
- Cela fait mal, dit la petite.
- Il faut souffrir pour être belle, dit la vieille. »
Souffre, lui dira-t-on.
Ses cheveux à elle se paraient de cascades de muguet. Des clochettes blanches accompagnant les gerbes lorsqu’elle creva la surface de l’eau et remplit ses poumons d’air pour la première fois.





▬ mai 2021


« - Attention ma chérie, un peu à droite, il y a des racines, attention…
- Papaaaaa je veux voiiir quand est-ce qu’on arrive ?
- Ah non, tu ne triche pas ! Va, coquine ! Avance encore un peu… Maman  nous attend au bout, on y est presque. »

Au moment où Marie-Louise trébuchait dans le noir, sur un recoin traître du chemin, les mains de son père quittèrent ses yeux pour attraper sa taille et il la souleva contre son épaule en étouffant un rire. D’abord éblouie par le soleil, la fillette plissa les yeux pour mieux distinguer les formes qui bougeaient à contre-jour, derrière la petite palissade qui encerclait le cœur du jardin. Lorsqu’ils s’approchèrent, elle reconnut sa mère, ses cheveux dénoués et une petite robe très simple cintrée qui lui donnaient l’air plus jeune ; sa sœur, qui s’avança d’un pas bondissant, un air remarquablement satisfait sur le visage.

« - Papa, pose-la ! Qu’elle vienne voir !
- Oui, oui, tout de suite votre majesté… » Fit l’homme aux yeux verts en s’exécutant avec un sourire pétillant de bonne humeur.

Dès que ses pieds touchèrent terre, Marie-Louise se précipita à la suite de sa sœur qui lui adressait des gestes frénétiques des bras. Elle se retrouva à genoux devant le jardinet à la terre fraîchement retournée devant lequel Anastase avait aligné des caisses de fleurs, de graines, de bulbes. Au centre du carré brun, un joli écriteau était planté, et son prénom y avait été inscrit à la craie.
La fillette poussa un véritable hurlement de joie et sauta au cou de sa sœur.

Une couronne de lys et des phlox multicolores en guise de bagues.





▬ juin 2021


Marie-Louise rêvassait à sa fenêtre, telle Rapunzel tressant ses longs cheveux au sommet de sa tour sans portes, lorsque Camille était revenu. Au début, elle n’avait pas vu le jeune garçon, seulement des buissons qui remuaient. Et puis il avait surgi du feuillage dense de l’arbre le plus proche, un vieil hêtre aux branches basses.

« Heeey Marie-Lou ! »

La fillette avait fait un bond sur place avec une exclamation de saisissement, ne s’attendant aucunement à voir un visage qu’elle pensait depuis longtemps oublié surgir devant elle à l’improviste. Elle faillit même ne pas se souvenir de son nom.

« - Ca… mille ? Mais d’où… comment tu es rentré ?
- J’ai escaladé écoute ! Bon tes rottweilers m’ont fait peur quand même.
- Tu n’aurais pas dû faire ça, tu aurais pu te faire mal !
- Mais non, t’inquiète.
- Et puis… ce sont des bergers allemands. » D’un air boudeur, Louise lança la première chose qui lui passa par la tête pour cacher son embarras.

En-dessous, elle passait par toutes les phases de la colère au ravissement, devant ce minois taquin et franc qu’elle avait vu pour la dernière fois des années plus tôt, appuyé contre les barreaux de sa prison. « On revient la semaine prochaine ! Tu pourras peut-être sortir ? »
On reviendra…
En équilibre sur sa branche, le garçon babillait joyeusement, inconscient.

« … c’est parce que j’ai grandi cette année, avant j’arrivais pas à atteindre le premier étage donc les grilles tu vois… Tu t’ennuies pas trop, Lou ? On se demandait ce que tu devenais, tu sais ! »

La jeune fille s’accouda à la fenêtre, la gorge serrée. Son cœur palpitait soudain : quelque chose se passait. La lumière transperçait et…
Emmène-moi loin.

« - Ben alors, t’as perdu ta langue ?
- Absolument pas ! J’ai juste du mal à trouver des mots pour qualifier ta conduite, espèce de vandale ! »

Camille rit, puis fit la moue.

« - Rhooo, avec tout le mal que je me suis donné, tu pourrais être plus gentille. Tiens, et si tu descendais de ta tour et que tu venais avec moi ? »

La jeune fille sentit un frisson lui courir l’échine. Mais à l’instant où elle allait ouvrir la bouche pour acquiescer d’un air ravi, des doigts glacés remplacèrent l’émoi agréable, et une crainte déraisonnée se fit un nid au creux de son estomac. L’inconnu lui fit peur. Son esprit renâcla et se replia sur les lieux connus.
Sa chambre. Son lit. Ses livres. La maison.
Elle tira péniblement un air attristé à ses traits enfantins, mais Camille était trop jeune – et trop candide – pour voir la vérité.

« - Ah… ma mère va venir vérifier ma chambre dans un quart d’heure… si elle ne me trouve pas ça va faire des tas d’histoires…
- T’es sûre ? On s’amuserait bien avec les autres pourtant !
- Non, vraiment, Camille… je suis désolée. »

Le garçon haussa les épaules d’un air déçu, mais résigné.

« - Bon, tant pis. En tout cas on se voit au collège à la rentrée hein ?
- Evidemment. » Sourit Louise.
« - Ce serait bien qu’on soit dans la même classe ! »

La fillette acquiesça vigoureusement en souriant, déjà soulagée. Mais quelque part au fond d’elle, quelque chose criait depuis déjà un moment qu’elle ne voulait pas, ne voulait pas.

S’il vous plaît, que l’été ne s’arrête pas.





▬ septembre 2018


… et elle se tenait en haut des marches, presque diaphane dans sa chemise de nuit blanche. Louise resta bouche bée, le petit corps flasque de sa poupée serrée contre son cœur. Au sommet des marches, l’apparition la contempla pendant une éternité. Au loin, quelque part dans la maison, l’une des lanternes électriques cassées depuis longtemps grésilla dans un bref éclat de lumière, puis s’éteignit. Il pouvait bien y avoir un soleil éclatant au-dehors, ici-bas, au cœur du manoir, c’était toujours la nuit.
La jeune fille entortilla une longue mèche transparente autour de ses doigts blêmes, muette comme une statue de glace, hypnotisant Louise de ses mouvements.
Marylou, Marylou, Marylou.

« Andy ? »

Le mirage se troubla, comme sur l’écran d’une vieille télévision détraquée, et s’évapora sur la droite. Marie-Louise prit pied sur la première marche, puis les monta toutes en courant presque, à la poursuite de l’apparition.





▬ mars 2022


« Ehhhh Lou ! Elles sont pour qui ces fleurs ? »

Assise derrière son bureau, un ordinateur sagement fermé sur le plastique sombre, Marie-Louise s’appuya au dossier en remuant une jonquille sous son nez d’un air taquin. Devant elle, Camille et Margaret la fixaient d’un air curieux. Un garçon banal aux mèches ébouriffées d’un châtain des plus banals et aux yeux noisette, une fille blonde aux grands iris bleus. Camille, fils d’un professeur d’espagnol et d’une fleuriste, Margaret et ses parents pompiers. Camille, ça rime avec jonquille. Margaret rime avec œillet.

« Ça dépend qui les mérite. » Répondit-elle avec un clin d’œil mystérieux, en mariant sa jonquille avec une branche de bégonia rouge.

Si Marie-Louise était bien la seule à composer des gerbes en classe et à les offrir à diverses personnes, son statut de fille bizarre n’avait pourtant pas duré longtemps. Elle était trop maligne pour se laisser enfermer ainsi ; pas assez douce ou naïve pour laisser les autres la stigmatiser sans comprendre.
Et pourtant.
Son attachement pour les fleurs amusait maintenant plus ses camarades qu’il ne les repoussait, et Margaret cessa vite de s’étonner pour changer de sujet :

« - Eh, vous savez quoi ? Mon père est allé dans les bois l’autre jour, il m’a dit que la cabane y était encore !
- Quelle cabane ?
- Bahh celle qu’on a faite quand on était petits, idiots ! Tu t’en souviens pas ? Dis-lui, Louise ! »

La jeune fille fronça les sourcils, puis la lumière se fit.

« - Ahhh oui. La maison d’Hansel et Gretel.
- C’est ça. Enfin je croyais que c’était la maison de la grand-mère du petit chaperon rouge mais…
- Attendez… ça me dit quelque chose… »

Marie-Louise termina son bouquet miniature et tendit la gerbe à Camille, avant de commencer celui de Margaret en écoutant les deux enfants parler d’une escapade prochaine dans les bois pour aller retaper la vieille cabane en ruines.
Camille ne rimait pas avec hortensias.





▬ juillet 2022


La nuit tombait entre les branches couvertes de feuilles vert bouteille et s’écoulait jusqu’à la terre comme un rideau d’encre noire. Marie-Louise foulait le chemin de graviers du bout de ses ballerines beiges, et dans sa tête se voyait déjà perdue au fond des bois comme Gretel ou le petit Poucet. Les arbres lui murmuraient des chansons indistinctes et si elle fermait les yeux brièvement, c’était un panier d’osier qu’elle avait à la main, et pas son sac de cours si lourd. Elle était légère, légère.
Si jolie, avec sa capuche blanche comme le lys sur ses longs cheveux blonds.
Et au bord du sentier, ses yeux rouges brillant dans l’ombre, il y avait le loup. Louise s’arrêta en apercevant l’éclat sombre qui tremblotait comme des braises abandonnées au bord du sentier. Mais c’était l’unique chemin, alors au lieu de faire demi-tour, elle avança. Les graviers crissaient sous ses pieds malgré ses pas précautionneux. Le cœur battant, elle parvint à hauteur du loup, qui la suivit des yeux en grondant.
Et puis au lieu de passer son chemin, elle s’arrêta et le regarda dans les yeux. Alors le loup émergea de l’ombre et vint fourrer son museau dans sa main tendue avec un grondement de plaisir et lécher avec chaleur ses doigts gelés.
The wolf who fell in love
Loup y es-tu, Marylou ?
with the Red Rinding Hood
Marylou, Marylou, Maryluiz…





▬ septembre 2022


« Alors Marie-Louise. Et si on parlait de ce que tu veux faire plus tard ? »

Si sa mère avait été présente, elle lui aurait dit qu’écarquiller les yeux et garder la bouche entrouverte ne faisait que lui donner un air des plus stupides. Et pourtant, ce fut tout ce dont fut capable Louise à cet instant. Comme si elle ne s’était pas attendue à la question.
Non, comme si elle l’avait opportunément oubliée.
La jeune fille se reprit et posa les mains sur ses genoux croisés, évitant bien involontairement le regard sans jugement, mais ferme, de la conseillère d’orientation.

« Euh… je… »

On te l’avait dit d’y penser, Lou. Qu’est-ce que tu faisais pendant tout ce temps ?
« … écrivain ? » faillit passer la barrière de ses lèvres, mais l’adolescente retint le mot au dernier moment. Parce que la dernière fois que c’était tout ce qu’elle avait trouvé à dire, ses parents lui avaient bien fait comprendre que comme solution prise au hasard, ce n’était définitivement pas la meilleure. Mais laisser un gros blanc et ne pas savoir la combler n’était pas mieux, pourtant. La jeune fille chercha désespérément une proposition vraisemblable à donner à l’instant.
Pompier n’allait pas. Professeur ? Non pas professeur, vraiment – et le métier de ses parents qui refusait de lui revenir en tête…

« Je ne… »

La femme au chignon sévère leva une main apaisante et lui sourit gentiment.

« Ce n’est pas grave. A ton âge, on a rarement une idée précise de toute façon. Mais comme il faut dès maintenant commencer à y penser, voilà ce qu’on va faire toutes les deux… »

Elle allait pleurer. Elle le sentait. Elle allait crier, se lever, jeter la chaise, partir en courant ; elle allait pleurer, pleurer, pleurer…
Ou mourir, peut-être. Elle ne savait pas bien.






Je vais faire une crise cardiaque. La terreur va arrêter mon cœur tout net.

La porte claqua dans le dos de la jeune fille avec violence. Elle traversa sa chambre comme une tempête, jeta son sac sans précautions, et s’écroula au pied de son lit en enfouissant son visage dans un énorme ours en peluche. Ne pas pleurer. Il n’y a aucune raison de pleurer, pas vrai ?

« Je suis désolée Carmelita… »

Toujours joyeuse, la jolie clown détestait voir pleurer ou que quelqu’un soit triste. Elle s’approcha de Louise par une série de souples et lents flips arrière, passant de ses coudes à la pointe de ses pieds chaussés de ballerines avec une grâce silencieuse qui était sa manière habituelle de se déplacer. La jeune fille lui jeta un regard humide à son visage bicolore interrogateur, sans desserrer l’ours de l’étreinte de ses bras. Un lapin bleu doux comme une peluche se glissa sous son coude en ronronnant comme un chat, tandis que Carmelita lui effleurait le nez du bout du doigt.
Marie-Louise renifla et essaya de tirer un sourire à ses lèvres abîmées de morsures, mais c’était difficile.

« Elle arracha huit… huîtres de sa queue… » Murmura-t-elle d’une voix faible et tremblante tant sa gorge était serrée.

Puis en silence, son prince charmant aux yeux clairs vint s’asseoir tout contre elle et lui presser l’épaule et c’en fut trop : plongeant son visage dans la fourrure blanche de son ours, elle éclata en sanglots désordonnés.
En faire une mer salée pour m’emporter loin.
Mais elle va bien Marie-Lou, elle est pas folle Marie-Lou, elle grandit, c'est tout ; elle n'a pas le syndrome de Peter Pan.
Et elle s’en moque, et c’est comme ça. Elle sait mais ne veut pas savoir. Elle écoute sans vouloir entendre, elle regarde au travers et ne voit pas. Seulement ce qui l’arrange et ce qui la rassure.
Et le pire est que tout au fond, elle sait bien ce qu’il y a derrière la jolie pièce au tempo entraînant et ses rêves intenses et colorés.

C’est le loup qui te guette dans le cœur noir de cette maison.





▬ décembre 2022


J’ai jamais voulu. Jamais.

Le pas précipité d’Anastase crépita dans l’escalier, puis dérapa sur la moquette du couloir quelques secondes avant qu’elle n’ouvre la porte de Marie-Louise à la volée. La jeune fille poussa une exclamation et se réfugia derrière l’une des nombreuses robes éparpillées un peu partout dans sa chambre.

« - ANA !
- Oh on s’en fout de ça Louise ! Tout le monde est là, on t’attend, qu’est-ce que tu fiches ?! »

La grimace vexée et mécontente de la benjamine ne découragea pas la jeune femme qui traversa la pièce d’un pas résolu sans se soucier des protestations. Anastase se concentrait toujours sur un but à la fois jusqu’à ce qu’elle l’ait atteint, et dans cette optique elle ne se rendit pas compte du regard scandalisé que posait Marie-Louise aux endroits que foulaient ses pieds, là où pourtant il n’y avait rien. L’aînée attrapa pêle-mêle quelques robes et les défroissa devant son visage d’un geste sec, les jaugeant d’un air critique. En quelques secondes, sa décision fut prise, et elle jeta une étoffe rouge et blanche dans les bras de Louise.

« Tu ferais bien de te dépêcher, on attend le speech annuel pour commencer à manger. N’essaie pas de te défiler, t’es grande maintenant Lou. » Lança-t-elle en tournant les talons et quittant la pièce.

Au lieu de tirer la langue au dos de sa sœur comme elle l’avait fait des centaines de fois, Marie-Louise regarda la porte se refermer d’un air morne. Elle revêtit lentement la robe écarlate et blanche et soupira devant l’image que lui renvoya son miroir. Dans son dos, Carmelita effectua une cabriole agacée et donna la main au soldat de plomb pour une valse silencieuse et maladroite.
Louise serre les bras autour de sa taille, protection dérisoire contre ce qui l’attend. Elle ne veut pas y aller. Elle veut pas y aller. Voir le passage du temps dans leurs yeux, l’expectation, la fierté même. Elle veut pas, elle veut pas.
Et lorsqu’elle murmure à Andy dans les couloirs la nuit, elle se dit que c’est peut-être pour ça qu’elle est partie

« Et je ne sais même pas danser… » Murmure-t-elle à son prince muet lorsqu’il s’approche sur la pointe des pieds, effleurant son bras nu de doigts gantés de noir.

Dire que vu de ce côté du miroir, tout était si simple. Dire que quand il lui prenait la main, soudain, aucune valseuse n’aurait brillé plus qu’elle. L’homme aux cheveux d’or enlaça sa taille d’un bras léger et elle lui saisit la main, alors que déjà la chambre désordonnée autour d’elle se fondait dans les reflets d’un palais de glace.
Si elle avait pu rester ainsi toujours, sans que la voix d’Ana ne vienne tout briser en mille morceaux.

Moi j’avais rien demandé.





▬ mars 2025


Ses pouces glissèrent sur les pommettes du jeune homme avec une sorte de hâte lorsqu’il entoura sa taille pour la coller à lui et saisir ses lèvres encore une fois. Elle goûta à la chaleur de son souffle un bref instant en s’en séparant avant d’y revenir comme une abeille sur le velours de pétales écarlates, haletant presque ; le contact avec le mur traversa les épaules du garçon pour vibrer dans les siennes tandis que sa langue s’aventurait entre ses lèvres et ses mains le long de ses hanches. Louise ferma les yeux et il la serra contre lui encore plus fort.

Camille ça rime avec jonquilles, jonquilles…
Mais j’ai pour toi tant d’arums et d’orchidées.

« - Où t’étais, Lou ? Zaker t’aurait saquée si t’étais arrivée en retard !
- Je hmmm… » Tenta-t-elle d’improviser en arrangeant ses cheveux et les plis de son chemiser. « Je devais emprunter un truc à… quelqu’un… »

Devant le regard explicite de Juliet et Margaret, elle comprit vite que le mensonge ne trompait ni l’une ni l’autre, et rendit les armes avec une grimace de désappointement. Les deux filles lâchèrent un gloussement en chœur et se tapèrent dans la main d’un air victorieux.

« - Je vous en prie, les filles.
- Non mais tu comprends paaaaaaas ! Camille et toi vous vous connaissez depuis tellement de temps que c’est trop romantiiiique ! Moi je rêverais d’être comme ça avec un garçon, pourquoi c’est jamais à moi que ça arriiiive… »

Devant les airs théâtraux de Juliet, Marie-Louise secoua la tête et se tourna vers Margaret :

« Je vous le laisse les filles. Moi de toute façon, je ne peux pas sortir avec lui. Parce qu’à 18 ans, je me tue. »

Juliet leva les yeux au ciel, l’air de dire « Encore ? » avant de répliquer en riant que de toute façon elle viendrait la sauver avant que le train ne l’atteigne, comme dans les films. Et qu’elles partiraient ensuite toutes les deux à cheval sur un fond de soleil couchant. Cela finit par tirer un sourire à l’air sérieux de Marie-Louise, qui termina à bout de souffle à force de rire avec ses amies.

Mais si tu savais…





▬ avril 2025


Ce jour-là aurait dû être un jour ordinaire. Un jour comme tous les autres. Une part de ce petit quotidien qui ne changerait jamais.
Et pourtant, en s’approchant de l’entrée du lycée, Louise avait senti que quelque chose  était différent.

« Camille ? Ça va ? »

Le contact de ses doigts contre sa paume, si fugace qu’il en devenait presque évanescent, était plus froid que d’habitude. Les deux jeunes gens jouèrent ainsi du bout des doigts quelques longues et silencieuses secondes avant que Louise réitère sa question. Et que, secouant la tête, le jeune homme ne la repousse avec l’équivalent d’un « pas envie d’en parler maintenant ». Inquiète, la jeune fille passa ses deux mains dans ses cheveux couleur de châtaigne mûre et les ébouriffa vigoureusement avant d’aller en cours.

« Eh, il a quoi Camille aujourd’hui ? On dirait que c’est la fin du monde. » Lança-t-elle tout de go en s’installant près de ses amies.

Lesquelles échangèrent un regard entendu, avant que Margaret n’annonce sobrement :

« Les flics sont venus arrêter son père. »

La jeune fille écarquilla les yeux, stupéfaite :

« - M. Lantier ? Mais… quand ? Qu’est-ce qu’il a fait ?
- Tu… n’es vraiment pas au courant ? Faut sortir de chez toi de temps en temps Lou… » Juliet fronça les sourcils et glissa un autre regard à Margaret avant d’ajouter : « il est accusé de… hem… tu vois… »

Voyant que son amie n’arrivait plus à s’exprimer que par signes, Marie-Louise se tourna vers l’autre jeune fille en fronçant les sourcils. Celle-ci hésita un bref instant, puis laissa tomber :

« De détournement de mineur. Sur des enfants du village, c’est-à-dire de… » grimace « pédophilie, quoi. »

La jeune fille ferma les yeux, sentant une légère nausée menacer son estomac. L’expression atterrée de son ami, comme si on lui avait mis une claque en pleine figure, lui revint en mémoire.

« C’est horrible. » Souffla-t-elle. « Il y a des preuves ? »

Margaret haussa les épaules, signifiant qu’elle n’en savait pas plus.






« Marie-Lou, ma chérie, c’est important. Est-ce que tu as déjà vu cet homme ? »

Marie-Louise inspecta la photo avec attention. Elle vit un homme, grand et fort, mais vieux. Des reflets blancs marbraient çà et là sa chevelure blonde, et des pattes d’oies rayonnaient autour de ses grands yeux bleus. Assez beau pour son âge, il n’était pas aussi vieux que son père, mais presque néanmoins.
Son allure ne lui disait absolument rien.

« Non, jamais. »

Ses parents eurent l’air soulagés. Le policier parut déçu un bref instant, mais finit par soupirer et hausser les épaules avec un sourire furtif, soulagé lui aussi, parut-il à la jeune fille.

« Pourquoi ? » Voulut-elle tout de même savoir en écarquillant les yeux avec toute l’innocence du monde.

Même si au fond, elle se doutait de la réponse.
Peut-être que c’est comme ça que naissent les méchantes sorcières, Andy.





▬ avril 2025


Il faisait nuit noire. Au loin, une chouette hululait doucement.
Ses cheveux dorés répandus sur ses épaules, recouverte en partie de la couette arrachée à son lit, Marie-Louise était appuyée à sa fenêtre et fouillait des yeux l’obscurité. Son cœur battait doucement sous le coton tout chaud, mais aucun regard ardent n’animait l’obscurité.

Loup y es-tu ?

La joue pensivement posée sur ses mains, son souffle évaporé dans la fraîcheur d’avril, elle rêvassait en fredonnant, imaginant que l’ombre se glisserait entre les arbres encore une fois, ses dents blanches aiguisées prêtes à l’emmener au fond des bois.
Amoureuse.

Mais s’il y était, il te mangerait…

Mais le prince silencieux aux manières gracieuses était parti l’occire sans jamais en revenir. Un baisemain brûlant, tout ce qu’il lui avait laissé en guise de de gage.

Me voilà, sauve-toi !

Et la sorcière et le loup, c’était à se demander pourquoi jamais il n’y avait eu conte sur le sujet. Sans doute parce qu’au travers des barrières d’épines, la lumière ne passe pas.
Sans doute qu’au fond des bois, personne ne vient jamais…

Loup, mon loup, où es-tu ?

Marie-Louise regarde par la fenêtre, et elle attend son prince ; Marylou soupire entre ses draps, et elle rêve de son loup.





▬ février 2026


Ce soir-là, lorsqu’elle se regarda dans le miroir comme à peu près cinq fois par jour sans compter toutes les involontaires fois où elle ne faisait que passer devant, Marie-Louise resta figée, saisie par un sentiment d’effroi venu de nulle part. Comme si le reflet qu’elle découvrait était celui d’une autre ; comme si quelqu’un avait déchiré un voile posé devant la glace dont la principale utilité avait été de masquer une réalité quelconque. Elle posa deux doigts sur sa joue, la tira un peu pour ne découvrir aucune rondeur dans la mâchoire ; puis glissa deux mains sur sa taille et les hanches qui fleurissaient sous le tissu vert tendre de sa jupe. Cligna des yeux. Fronça le nez. Tourna une ou deux fois sur elle-même – et Seigneur, même comme ça elle ne se reconnaissait pas. Il y avait derrière le miroir une inconnue qui la fixait et qui l’avait attendue tout ce temps, dissimulée sous sa peau en silence.
Mon dieu, au secours.

« Carmelita, dis… est-ce que tu trouves que… »

Mais lorsqu’elle se retourna, tout ce qui la frappa fut un silence étouffant et la terrifiante immensité d’une pièce entièrement vide. La jeune fille sentit son cœur entamer une dégringolade sans fin dans son corps – et tapie au cœur de la maison, l’obscurité le dévora.
Elle couvrit son visage de deux mains qui tremblaient spasmodiquement.
Non. Non, non, non, non, non, pas ça, pas ça.

« Angelo ? »

Elle ferma les yeux. Les rouvrit. Courut d’un bout à l’autre de la pièce, invoquant des images qui ne s’éveillaient qu’un bref instant pour s’évanouir la seconde suivante, immatérielles, vides, insensibles. Elle rit, implora, fit semblant, se sentit stupide, ridicule, s’acharna, finit par fondre en larmes au milieu de la pièce d’avoir trop feint et trop échoué. De se sentir si vide. Et puis, fuyant l’absence et ce qui allait la remplir, fuyant les ténèbres blêmes et ricanantes prêtes à la saisir et la dévorer tout entière, la jeune femme se releva et quitta sa chambre en courant.






A une heure du matin, guidée par des sanglots, Anastase trouva sa sœur dans son jardin secret, les deux genoux dans la terre, en train de recouvrir de ses mains maculée les racines de rangées et de rangées de fleurs bleues qui luisaient tristement sous l’éclat de la lune.

« Mon dieu, Louise, mais qu’est-ce que tu fais ? »

Comme ailleurs, la jeune fille ne répondit pas. Anastase s’accroupit à côté d’elle et recouvrit ses épaules d’une couverture, couvrant d’un regard hébété les pétales étrangement ouverts des ancolies qui se balançaient vers la terre, comme en deuil.

Des ancolies pour moi Andy, et pour toi aussi Andy, et je ne veux pas, je ne veux pas, j'ai peur, j'ai si peur, je ne veux pas…





▬ mai 2026


Elle allait hurler. Le gâteau était magnifique. Les paquets flamboyants. Les bougies brillantes. Il y en avait seize. Tout le monde souriait. Tout le monde était heureux.
Elle allait hurler jusqu’à ce que ça la tue.

Souffre, petite fille.
Souris, Louise, tu es filmée.






▬ mai 2026


14/05/2026 – Ana
C’est un cadeau d’un idiot de ma fac. J’en veux pas, je te le donne. Essaie-le quand même, tu me diras ce que tu en penses.

Marie-Louise n’avait jamais aimé les jeux vidéo. Sans doute qu’elle n’y avait jamais trouvé un univers qui la séduise. Celui-là ne changeait pas du reste, d’après ce qu’elle avait pu lire sur internet. Cependant…
C’était peut-être l’envie de faire plaisir à sa sœur. Ou la tentation d’échapper, ne serait-ce qu’un bref instant, à ce qu’on se plaisait à lui décrire comme « le monde réel » ou « le monde extérieur », des appellations si tristes qu’elle les aurait enterrées dans un cercueil pour toujours.
En tout cas elle prit ce casque laid entre ses mains et le déposa sur ses cheveux blonds.

✗ Ton arrivée à Euphemia et ta réaction :

Choix du pseudonyme.
Euh… Hydrangea… non, attendez. Une seconde. Blackberry. Lily. Blackberry Lily, c’est ça. Vous arrivez à noter ou cela dépasse vos capacités ?

En fredonnant, le petit chaperon rouge mit quelques allumettes dans son panier.

Sur quelle île voulez-vous aller ?
Hmmm… Dream Land, j’imagine ?

Elle attacha à ses doigts deux ou trois rêves multicolores.

Choisissez votre pouvoir.
Oh. Eh bien…

Et rabattant sur ses yeux verts son joli capuchon, l’innocente fillette s’en alla au fond des bois.

Loup y es-tu ?
Il y sera.


» Toi le geek.



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Dernière édition par Blackberry Lily le Mar 2 Sep - 3:17, édité 21 fois
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 3:23

Bienvenue
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 9:18

Bienvenue à toi !

bon courage pour le reste de ta fiche, si tu as une question n'hésite surtout pas ^^

_______________
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Kuroï
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Eylissa


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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 9:26

Bienvenue à toi !

_______________


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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 14:25

Viens sur la CB si tu as des questions !
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Opium


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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 15:17

OMFG
Comme on dit chez moi
U ROXX
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Lola


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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Ven 8 Aoû - 23:47

MILADY?!

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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Mar 12 Aoû - 19:48

Oui ? ♥
Merci pour votre accueil à tous ;3
*mange Opium*

_______________
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Sam 16 Aoû - 1:49

Fiche terminée ♥

_______________
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Sam 16 Aoû - 4:24

Je ne t'ai pas dis bienvenue, honte à moi.
J'adore ta fiche omg.
Amuse toi bien entre notre compagnie
Big brother te l'ordonne 8 D ♥

_______________

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Asling ▬ Picking on weaklings really isn't my style! Live in ignorance... Die in ignorance. When one thing comes to an end, something else begins. I won't let you get in my way!

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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Sam 16 Aoû - 9:02

Félicitations pour la fin de ta fiche ♥
*offre une bonne bière pour le dur labeur* B'(

Ah, et puis ... :
 

_______________


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And I try to control it, But control is what I lose.
You got my blind heart holdin' onto you.”
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Sam 16 Aoû - 12:26

Merci *-*

*siffle la bière cul sec like a man*
Allez Andy, dis-moi oui ♪

_______________
#d89413
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MessageSujet: Re: ❝ Blackberry Lily ▬ "Chrysanthemum my childhood"   Sam 16 Aoû - 12:27

Et bien, Milady, depuis le temps que j'entends parler de toi, je me demandais quand j'allais enfin avoir l'opportunité de te " rencontrer". Et je ne suis franchement pas déçue. J'ai été intrigué dans par ton caractère parce que je te découvrais tantôt une petite fille malicieuse qui exige tantôt jolie bout de femme qui aime quand on lui dispute ses faveurs. Comme si la femme et l'enfant se disputaient ton corps. Et puis je suis arrivée a l'histoire et j'ai pu te voir grandir douloureusement. J'ai vu la fillette de transformer, frissonner quand on lui parlait d'un avenir qui s'approchait à trop grand pas. Et Milady, finalement c'est une charmante femme enfant que j'aurai grand plaisir a voir évoluer. Rebienvenue mille fois.

Tu es évidemment validée. Je ne peux pas te mettre l'image de validation parce que je suis sur téléphone. Je mange tes petits coeurs et toi aussi d'ailleurs. Amuse-toi!

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