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 Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «
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Docteur Morphine


Dreamland

Dreamland

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Messages : 60
Date d'inscription : 07/06/2014
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MessageSujet: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Dim 8 Juin - 1:37


❝Dr Morphine


✗ Comment tu t’appelais ?
Louis de Bonvouloir.
✗ Tu as choisi quel pseudo ?
Docteur Morphine.
✗ Tu as quel âge en fait ?
14 ans. {16/01/2012}
✗ Tu viens d'où ?
Paris, France.
✗ Tu veux aller sur quelle île ?
Dream Land.
✗ Tu fais quoi dans la vie ?
Morphine prend ce qu'on lui donne si ça lui plaît. Le reste du temps, il chôme joyeusement parce que le travail des mineurs, c'est interdit.
✗ T'es un super-héros ?
Plutôt un bon analgésique ou anti-dépresseur.
Quand Morphine vous prend dans ses bras, toute la douleur, tout le stress, toute la tristesse que vous pouvez ressentir s'envolent instantanément : bye-bye les sentiments négatifs, vite remplacés par une sensation de flottement et de bien-être. L'effet dure tant que monsieur s'accroche à vous, et de deux à trois heures après qu'il vous ait lâché. La belle vie, hein ? Sauf que les effets secondaires sont loin d'être aussi agréables. Nausées, somnolence et sentiment cuisant d'échec ou de culpabilité sont le lot, plus ou moins aléatoire, de ces dits effets lorsque son pouvoir se dissipe. Après l'euphorie, le dur retour à la réalité. Sachant que plus Morphine vous tient longtemps dans ses bras, plus les effets (négatifs et positifs) seront forts.
Il ne se sent responsable de rien et encore moins de ce que vous pouvez faire quand il vous pousse soudainement des ailes de bonne humeur, qu'on se le dise.


» Mémorisation Physique.



✗ La couleur de tes yeux de biche ?
Morphine a les yeux d'Elizabeth Taylor ; des yeux bleus qui, sous certains angles ou certaines lumières, au gré d'un caprice des rayons du soleil, prennent des reflets violets tout à fait charmants. Mais il ne faut pas s'y tromper, ce n'est pas assez prononcé pour qu'on puisse s'y laisser prendre vraiment et penser qu'il s'agit de lentilles ou d'un coloris à part, une aberration de la génétique. Morphine a bel et bien les yeux bleus.
Des yeux bleus avec de très jolis reflets, mais des yeux bleus quand même.


✗ Et celle de tes cheveux au vent ?
D'un blond doré balayé de mèches roses – d'un très mauvais goût selon quelques mauvaises langues. Coupés courts mais assez longs pour lui retomber quelques fois devant les yeux, ils rebiquent sur sa nuque mais se tiennent tranquilles la plupart du temps. Et heureusement ; il n'a aucune envie de devoir vider le pot de gel ou la bonbonne de laque chaque matin. Trop chiant.

✗ Tu sens la rose ou tu pues le yack ?
Il sent bon la lessive de ses vêtements, pas grand chose d'autre, sauf quand il lui prend la fantaisie de vouloir essayer un parfum traînant à sa portée. Dans ce cas, ça peut être à peu près n'importe quoi, vu qu'il ne teste pas l'odeur avant de s'en asperger. Il faut vivre sans regrets et un parfum n'a jamais tué personne, à sa connaissance (sauf si on l'avale, mais là...).

✗ Taille & Poids ?
Morphine est un petit gabarit ; son mètre soixante-quatre ne le fait pas culminer à des sommets, et ses os, tout fins, lui donnent une apparence délicate et presque frêle. A tel point que, les jours de tempête, on pourrait être tenté de le retenir de peur qu'il ne s'envole. Un poids plume sur la balance complète le tout, dont il s'avère satisfait et pas le moins du monde complexé.

✗ Signe distinctif ?
Morphine déteste le vélo. Tout ça parce qu'un jour, il a glissé et s'est ouvert l'avant-bras. Comme les points de suture, c'est pas vraiment marrant, il n'est jamais remonté sur un de ces engins diaboliques de sa vie. Faut comprendre ; ça a beau faire six ans, il garde toujours la longue cicatrice sur sa peau,  même pas assez impressionnante pour être une cicatrice de guerre.
C'est sans doute la seule marque notable, avec sa tendance très énervante à sautiller sur place quand on ne fait pas attention à lui et qu'il réclame la parole. Ou voudrait bien la réclamer mais que la politesse l'en empêche.
Si on veut entrer dans l'anecdote, on peut aussi préciser qu'il ne sait pas cracher (ça s'apparente plus à "se baver dessus" et c'est pas très viril) et admire les lamas pour cette qualité essentielle. Il adore le rose, s'il n'a pas la moindre touche de rose sur lui, c'est qu'il est en deuil. Dans le même ton, il écrit tous ses devoirs à l'encre rose par défaut, et agrémente les points de ses "i" d'un joli cœur.
Mais ça, c'est le top de la virilité, y'a rien à y redire. Le correcteur qui aura l'auguste honneur de s'occuper de ses copies de Brevet va cracher des arcs-en-ciel de bonheur.



» Analyse cérébrale.



✗ On n'est pas parfait hein ?
Les défauts qu'on pointe le plus souvent du doigt aux réunions entre parents et professeurs et ceux dont son père se plaint abondamment dans ses éclats de lucidité, ce sont ceux qui ne font pas de Morphine le fils ou l'écolier parfait : avec une tendance à l'insolence instinctive dès qu'il se sent menacé et qui vibre en  ironie douteuse (à partir de là, son instinct de conservation ne vaut plus vraiment grand chose), monsieur collectionne les avertissements plus que les 20/20, quand la règle en fer ne tombe pas sur une heure de colle nette et précise. Sans être un cancre ou le rigolo de service qui ne sait pas démarrer le moteur en classe et ralentit ses camarades, Morphine n'est pas une lumière et le sait – et si la nouvelle a fait saigner son petit cœur de garçon sensible au début, il a bien vite appris à s'en accommoder. Un peu dissipé en classe et apparemment allergique aux énoncés réclamant plus de dix minutes pleines et entières d'attention, il veut bien faire un effort tant que son cerveau n'en souffre pas et manque de chance, ses neurones hurlent bien vite au repos dûment mérité. Heureusement pour ses proches et ses amis, il sait contrôler le volume de sa voix qu'il a  encore relativement aiguë pour un garçon.
Dans l'ensemble, on s'amuse à lui reprocher les banalités des adolescents de son âge : il ne fait pas assez d'efforts pour s'intéresser à autre chose que ses jeux et ses loisirs, il ne prend pas l'autorité au sérieux, et ne sait pas se tenir en société. Dieu sait que dans l'univers coloré de Morphine où on joue au Monopoly avec de vrais billets de banque, cette dernière leçon n'est pas en option et tient de l'obligation pure et simple. Obligation que, avec un père habitué à laisser planer des menaces en carton-pâte, il jette tout simplement aux orties. Oui, Morphine est capricieux et égoïste à son sens, il agit encore par pulsions et ne résiste pas deux secondes à celles qui laissent miroiter les conséquences les plus délicieuses. Quand ça l'ennuie, ça l'ennuie, et il ne passe pas par quatre chemins pour s'échapper de la cage : il n'est pas aussi effronté avec les mots, faisant même preuve en temps voulu d'une considération étonnante, mais le résultat reste le même. Il a grandi dans un univers où il était habitué à tout avoir sur le champ, et pas seulement ce qu'il demandait, et sa façon de faire s'apparente souvent à celle d'un gosse de riche pourri gâté jusqu'à la moelle.
Gâté, il l'est, et riche, il l'est encore plus. Pour certains, cette attitude est tout bonnement insupportable, et pour d'autres elle en devient distrayante ou touchante. Ce qui est sûr, c'est que Morphine peut s'avérer particulièrement épuisant à la longue avec ses petites touches de fantaisie et ses manies bien ancrée sous sa peau qui le laissent en équilibre sur les bords de la Seine dans l'attente d'un spectacle amusant, enfermé dans son petit monde où il préfère ne pas trop s'occuper de la gravité des choses.


✗ Mais on gère la fougère ?
Morphine n'est pas responsable ni très mature mais s'en donne l'air quand le besoin s'en fait sentir. Il n'est pas insensible, loin de là, et compatit énormément au malheur des autres : quand la misère lointaine laisse juste un goût amer à son palais, un brin de « de toute façon, tu n'y pourras jamais rien », il déteste savoir un de ses proches affligé. Même les clochards, au fond, ça lui fait mal au cœur, et c'est pour ça que Morphine est un gentil garçon et quelqu'un sur qui on peut compter une fois qu'on s'est attiré son amitié débordante de tendresse et de taquineries bien choisies. Tout n'est pas dans le paraître qu'il laisse aux superficiels, il suffit de savoir se comprendre pour sentir qu'il y a un tout autre monde derrière les noms d'oiseaux qu'on s'échange entre deux conversations animées. Morphine n'aime pas trop ressembler aux autres, pas par vanité mais par goût, et les siens diffèrent en général de ceux des autres. Il n'est pas à des milliers d'années lumières de sa génération (ah, les consoles de jeux et les écrans d'ordinateurs), mais peut-être que quelques restes d'une vie antérieure – qui sait ? – ont influencé son amour pour les vieux chanteurs et les paysages d'autrefois, nostalgie qui n'a pourtant pas lieu d'être. Rien de condescendant dans sa façon d'être, originale, colorée et pleine de vie : il est comme il est et un avis ne vaut pas mieux qu'un autre. A travers ce mode de vie décontracté et imperméable aux critiques, il a su se faire apprécier et a rarement été la cible de violentes brimades. Remarques moqueuses ou dédaigneuses, oui, mais Morphine a toujours été plus fort que l'opinion des autres, c'est un roseau qui ploie mais ne se brise pas. Il trouve dans les plaisanteries et les petites joies de la vie une carapace solide aux mauvaises ondes qui pleuvent parfois sur Paris depuis de gros nuages noirs grondants.
Mais Morphine, ce n'est pas simplement ce grand sourire surmonté de jaune et de rose. C'est aussi un petit garçon qui joue au héros et ne sait parfois pas assumer les mots que son grand cœur lui dicte. Parfois, on fait de notre mieux, et ce n'est pas assez. Alors on se relève, et on va de l'avant, même si ça laisse des marques, même si on sait qu'on ne sera jamais assez fort, et on prend un autre chemin, celui qui nous correspond le mieux.
Morphine prend les choses comme elles viennent, oublie et n'oublie pas, laisse de côté pour mieux rire et se souvenir.


✗ Tu préfères les garçons, les filles, les deux, les chatons ?
Son expérience se résumant à une charmante camarade de quatrième qui a attendu deux mois avant de le larguer par SMS parce qu'il « préférait son meilleur ami à elle »... Il s'est dit qu'il allait se Pacser avec ce dernier quand il aurait 18 ans, qu'ils iraient vivre dans une super villa à Saint-Tropez, et fréquenteraient une plage nudiste pour les vacances. Malheureusement, Euphemia a un peu contrecarré ses projets, donc il ne sait toujours pas s'il préfère les garçons ou les filles – et les chatons on en parle pas.
Disons que malgré ses belles paroles, il se voit mal sortir avec un garçon. Pour plaisanter, oui, mais pour de vrai... Wah. Bizarre. (« Mais je suis pas homophobe ! »)


✗ Moi j'ai un rêveuuuh ?
Repeindre l'Himalaya en rose et devenir infirmier. Avoir des enfants pour les appeler Meredith et Derek, aussi ; mais ça c'est en option, parce qu'il faut déjà qu'il trouve la femme de sa vie. Il la veut blonde et fan de Dr House, pour de longues soirées d'hiver à débattre de quelle série est la meilleure. (« Même si Grey's Anatomy gagne, on est d'accord ! »)

✗ T'as peur de quelque chose ?
Se retrouver sous respirateur artificiel. En fait, il a beau adorer les hôpitaux, l'idée d’atterrir un jour de l'autre côté du rideau le terrifie. Plutôt mourir, et au sens propre du terme.

✗ Quels sont tes goûts ?
Morphine n'a pas d'autres passions dans la vie que Grey's Anatomy et les Zombie Walk. Le reste, il ne veut même pas en entendre parler.
Monsieur a des goûts banals et d'autres plus spéciaux ; il aime la musique (Georges Brassens), les vêtements (... je pense que tout le monde a compris), se promener le long de la Seine, faire tout différemment des autres tout en refusant de se faire traiter d'Hipster (insulte ultime à ses yeux), le maquillage, les déguisements, les 0 en Géométrie, et tout un tas d'autres trucs qu'il serait bien en peine de citer. La vie est pleine de surprises, Morphine aussi. Il aime les élastiques fluos, les gâteau remplis de vermicelles en sucre et sa bientôt-petite-soeur-adoptive à parts égales.


✗ Signe distinctif ?
Beaucoup de rose même dans sa petite tête.


» Chargement du jeu.



✗ On a tous un passé :

« Pourquoi 'Chloé' ? »

La vieille femme lui adressa un regard interrogateur depuis l'oreiller où disparaissait à demi sa tête ornée d'épais cheveux blancs. Le bruit des pages qu'on tourne et des portes qui claquent devança la voix du petit garçon qui s'éternisait à son chevet.

« Mon papa dit qu'il a choisi Louis parce que c'est le prénom de plusieurs rois et que c'est un prénom qui vieillit pas. Mais Chloé, c'est bizarre. »

Ses yeux bleus cachés derrière ses genoux l'épièrent attentivement.
Tout doucement, les mains décharnées rejoignirent le pendentif qu'elle tenait à garder contre la poitrine – elle disait qu'elle irait au ciel et jouait avec sur toutes les photos qui encombraient les murs et les étagères d'une maison qui lui avait appartenu.

« Parce que mon père avait lu un livre qu'il avait adoré. C'était le prénom d'un des personnages. Tu ne trouves pas ça joli ?

-Non. »

Il ne saurait jamais si sa franchise d'enfant l'avait blessée ; il posait le front contre un drap immaculé et vide d'amour. Regarde ce beau linceul que j'ai fait tout spécialement pour toi.

« Pourquoi il t'aurais donné le prénom d'un personnage qui meurt ? »

La question se perdit dans les arabesques aseptisées d'un silence d'église.



« Je pense que si j'avais eu cinquante ans de plus, je t'aurais épousée. Mais c'est beaucoup alors je peux pas faire autre chose pour toi. Tu me pardonnes ? »

Il regarda la seringue tourner sur elle-même.



▬ Avril 2023, Paris, France, Résidence des Bonvouloir.

« Louis, le gâteau, le gâteau !

-Deux secondes. »

La main du petit garçon s'aventura sur la nappe brodée, tâtant verres à pied et bouteilles de toutes sortes ; après une pirouette qui faillit faire s'écraser à terre un vin très cher que son père aurait frissonné de savoir à moins de deux mètres de lui, il parvint à attraper l'assiette que sa petite coéquipière lorgnait depuis le début de la soirée.
Une fois le larcin ramené contre sa poitrine et sa tête de nouveau sous la table, il laissa Clémence l'étouffer avec toute la vigueur de ses six printemps.

« T'es trop super génial trop fort ! Merciii ! »

Il fit un clin d’œil à la fillette qui continuait à piaffer, insensible aux conversations qui résonnaient juste au dessus d'eux. Tout ce qu'ils pouvaient voir de là où il se trouvaient, c'étaient les jolis talons aiguilles de ces dames et les chaussures cirées de ces messieurs.
Yeux noisettes pailletés de vert, Clémence daigna enfin s'inquiéter du côté pratique de leur petite escapade.

« Comment on fait pour sortir, maintenant ? »

Bonne question, en effet. La salle à manger que Sylvain réservait aux réceptions était énorme comme un paquebot – même pas d'hyperbole, c'était la stricte réalité. Les lustres en cristal pendaient comme autant de larmes du plafond, laissant aux murs une impression douteuse de XVIII ème siècle restauré. Pour un peu, Louis aurait pu distinguer les ombres factices des suivantes de Marie-Antoinette contre le mur d'en face, éclats de rire aussitôt avalés par la masse grondante. Les fantômes se faisaient discrets, dans le coin. Trop de monde, trop de voix, trop de visages. Il laissait aux apparitions le manoir en bordure de forêt dont sa famille se regorgeait depuis bientôt trois siècles et qui avait fait l’orgueil d'autant de générations.
Ici, en plein seizième arrondissement de Paris, aucun bois ne pouvait couvrir leur fuite et masquer le son de leurs talons contre le carrelage. Boulogne était loin.

« On va s'arranger. Suis-moi. »

Impressionnée par le calme apparent de son presque frère et futur mari tout trouvé, Clémence le prit au mot et saisit un pan de sa veste, ses collants aux motifs floraux effleurant le sol à chaque mouvement. Ils avaient les paumes et les genoux rouges de s'être tant courbés, mais qui dit retraite dit discrétion, et les braves soldats l'avaient très bien compris.
Si Sylvain les prenait allongés sur le sol à faire les imbéciles, il allait encore les jeter dans les bras de tantes et d'oncles trop vite perdus de vue et de connaissances affreuses aux dents manufacturées.
Louis ne supportait pas non plus les enfants des amis de son père, pas par goût mais par esprit de contradiction. Aucun ne trouvait grâce à ses yeux dont on lui faisait pourtant abondamment compliment.

« Ils vont nous voir...

-Mais non, chut ! »

Il serra ses doigts minces autour du poignet rond de la fillette, lui intimant l'ordre de se baisser. Joues contre les dalles glaciales, ils regardèrent une paire d'escarpins rouges libérer la voie jusqu'aux cuisines. De là, atteindre le jardin serait un jeu d'enfant.

« A trois, on y va. »

Il prit une grande inspiration que Clémence imita, attirant sans le vouloir l'attention d'une brave dame près de là.

« Trois, deux...

-Mais qu'est-ce que vous faites là, les enfants ?

-UN ! COURS ! »

La jolie blonde laissa s'échapper un long cri d'angoisse, chavirée par les deux enfants qui avaient bondi de sous la table comme des lapins pris en chasse. Louis eut beau entendre son prénom résonner en nuances d'orage derrière lui, il ne ralentit qu'une fois ses chaussures contre la pelouse tendre et égale du jardin. Il passa le gâteau à Clémence et celle-ci l'accepta avec joie, trottinant derrière lui jusqu'à la terrasse qui ne donnait pas sur les réjouissances de la soirée.

« On a eu chaud. »

Ils se laissèrent tomber contre les marches avec une grâce toute personnelle. Les lèvres déjà pleines de chocolat blanc, sa jolie robe toute froissée par la parodie de course-poursuite qu'ils avaient entamés, Clémence plaqua un baiser contre la joue de son héros.

« T'es trop fort ! Plus tard on fera pareil, quand on aura notre maison à nous.

-S'enfuir et laisser les invités en plan ?

-Trop !

-Ahah ! C'est clair. »

Le dos du garçonnet rencontra le sol dur avec un soupir de soulagement sonore. Son père avait beau grogner, les punitions étaient rares et pas très mémorables, à la maison ; et comme lui et Catherine s'accusaient eux-mêmes de la mauvaise influence de leur progéniture respective, il n'y avait aucun risque de déception supplémentaire à l'horizon.
Le vent léger lui apporta quelques rires nouveaux à ajouter à sa longue liste de « sons qui ne peuvent définitivement pas sortir d'une gorge humaine ». Et pourtant.
La nature en faisait, des miracles. Et pas des moindres.

« Tu crois qu'ils vont se marier ? »

La question inopinée le fit sursauter et ouvrir en grand ses yeux fatigués par l'heure tardive qui plongeait le parc et ses environs dans une obscurité presque complète. Clémence battit des chaussures vernies, impatiente ; et Louis fit la moue, incapable de remplir le blanc des silences.

« Je sais pas. Je pense. Peut-être ? Ça te ferais pas plaisir ? »

Il lui sembla, au froncement de ses sourcils, que la dernière bouchée fut plus amère que les précédentes.

« Si, Sylvain est gentil et m'achète plein de trucs. Mais ça va rendre mon papa triste et je pourrai pas me marier avec toi. »

Les interrogations étaient sans fin, avec une maman fraîchement divorcée qui voulait se remarier et un père qui refusait de passer à l'acte suivant, bloqué pour toujours au triste entracte de sa quarantaine. Louis aimait à croire que sa situation, quoique semblable, n'avait rien de similaire : ça le forçait à ne pas penser et lui donnait une raison de consoler Clémence.
La pauvrette se laissa tomber contre son épaule, l'assiette délicatement posée à ses côtés. Il pouvait sentir son petit cœur battre à toute vitesse à travers le mince tissu de son gilet.

« Les adultes sont compliqués. » Souffla-t-elle à son oreille comme un secret honteux. Il acquiesça de bon cœur, sur la même longueur d'onde.

Fais pas ci, fais pas ça, tiens-toi droit, ne dis pas de gros mots et souris aux gens – à non, pas à lui, lui tu peux lui tirer la langue si tu veux. Le monde était rempli d'accords tacites et de règles qu'ils ne comprenaient qu'à demi. Ceux qu'on aime, ceux qu'on ignore, ceux qu'on déteste : si la pellicule avait pu se résumer à ces simples mots, le film n'aurait rien perdu de sa qualité.

Un bâillement fit écho à ses pensées et le plongea presque immédiatement dans une torpeur qui n'avait attendu qu'un prétexte pour lui ouvrir les bras. La main sur l'épaule de Clémence, Louis ferma les yeux sur une promesse volage. Quelques minutes, pas plus.

Je te le promets.



« Louis ! Clémence ! Mais qu'est-ce vous fichez là ?! »

Un coup de torchon en pleine figure coupa court à ses élucubrations de somnambule ;  Clémence se redressa sur ses genoux avec un cri, une main sur ses yeux gonflés et l'autre dans ses cheveux emmêlés où s'était perdue une barrette.
Les doigts sur les hanches et l'air furibond d'un soldat face à un otage, Antigone les dévisagea méthodiquement, donnant à Louis l'impression de passer sous le scanner du médecin.

« Vous avez encore fait les imbéciles, c'est ça ? »

Ils marmonnèrent quelques excuses confuses, jusqu'à ce que la fureur de la domestique se dissipe pour laisser place à un « qu'ai-je fait pour mériter ça » presque touchant. A travers les boucles rousses de ses longs cheveux nattés, elle leur offrit une grimace qui aurait pu s'apparenter à un sourire.
La première chose à savoir sur Antigone, c'était qu'elle n'avait pas le sens de l'humour, et qu'elle avait dû oublier son sourire chez elle, loin, très loin dans un petit village près de Lille. La seconde, c'était qu'elle n'hésitait pas à fustiger les enfants désobéissants à coup d’ustensiles de cuisine.
La troisième, c'était qu'elle avait un cœur en or sous cette carapace de méchante matrone, et qu'elle fondait pour les beaux yeux de Louis et Clémence.

« Bon, retournez à l'intérieur, je vais vous ouvrir la porte du salon. »

Le chœur de rires et de remerciements sucrés comme du chocolat fut tué dans l’œuf par le regard noir qu'elle fit suivre. Noir à les en faire déglutir et ravaler leurs belles paroles.

« Mais ne recommencez pas un truc pareil. Vous auriez vraiment pu attraper froid.

-Oui, Antigone. »

Les vandales filèrent les traces que la jeune femme laissait dans l'herbe, suspendus aux clés qu'elle fit jouer dans la serrure d'un geste habitué. Le salon aussitôt investi par le martèlement sourd de la TV et Antigone rassurée, celle-ci s'éclipsa dans la pénombre. Clic.
Louis agrippa les mains de Clémence pour la faire valser maladroitement. Ils se prirent les pieds dans le tapis et s'écroulèrent sur les motifs orientaux dans une avalanche de hoquets colorés.

« Je t'aiiiime ! »

Simples comme des comptines. Qui riment, qui riment, qui riment.



« Clémonstre, bleeeeh. »

Le bouquet de fleurs lui atterrit en plein nez, médusant la mariée et son conjoint, lesquels regardèrent la fillette slalomer entre les chaises, prise d'un rire incontrôlable qui lui mettait les larmes aux yeux.



Il ne savait pas quand c'était arrivé, mais les tremblements avaient fini par lui occuper les mains des heures entières ; il ne savait pas quand ça avait fini par le toucher, mais il en avait pleuré.

Je peux le faire. Je peux le faire.

« Et après, qu'est-ce qui s'est passé ? »

Son sourire était tendre, constellé de plis de vieillesse et de fatigue.

« Après, on s'est marié, et on a eu notre premier enfant. Il s’appelait Louis, comme toi. »

Un si bel enfant. Tu lui ressembles tellement. Si plein de vie, si souriant. Mon beau Louis.
Et après, qu'est-ce qui s'est passé ?
Après il a eu un accident, il a perdu ses deux jambes.
Si gentil, si généreux, si vif, si intelligent.
Vingt-trois ans seulement.

Et après, qu'est-ce qui s'est passé ?
Un verre d'eau et plein de comprimés.

Il s'est tué dans son sommeil, mon Louis.




▬ Octobre 2024, Paris, France.

Notre métro, c'est le plus beau.

« ATTENDEZ, ATTENDEZ ! »

Les collégiens descendirent les galeries en hurlant à tue-tête et à qui voulait l'entendre ; le sac battant sa hanche, Louis dévala une quinzaine de marches sans regarder où il posait ses Dr Martens. Derrière lui, Eudes tenta le diable en l'imitant et faillit se tordre la cheville dans les règles de l'art. Sautillant péniblement à cloche-pied, main posée contre le mur sale couvert de publicités, ce fut à son tour de héler l'ami ingrat qui avait filé sans demander son reste.

« LOUIS, ATTENDS UN PEU MERDE !

-MAIS LE METRO IL VA PAS ATTENDRE ! »

Cet échange de niveau alerte à la bombe nucléaire dérangea une maman qui le leur fit savoir en berçant exagérément son bébé emmailloté comme un cadeau de Noël. Une injure fila sous couvert d'un souffle laborieux, et Eudes rejoignit l'excité qui sautillait près des rails. Avec une force que ses bras de marionnette ne laissaient pas deviner, Louis le balança dans le premier wagon qui lui passa sous la main : il y rentra en poussant un cri de guerre une demi-seconde plus tard, en synchronisation parfaite avec la mise en branle du moteur.

« Wouhou, on l'a fait !

-Wouhou, vous pourriez aussi éviter de tout défoncer en rentrant ! »

L'afro-américaine pas contente qui plissait des sourcils dessinés au crayon dans leur direction, c'était Sabrina. Une méchante sorcière adepte du eyeliner et raciste de Georges Brassens.
Histoire de s'excuser, Louis plongea la main dans la poche de sa veste et laissa les écouteurs qu'il avait au cou vomir une mélodie bien connue des vieilles et moins vieilles générations. Mais surtout des plus vieilles, il fallait l'avouer.

Non, ce n'était pas le radeau de la Méduse, ce bateau, qu'on se le dise au fond des ports ~

« Bonvouloir, tu veux vraiment commencer une bagarre dans le métro ?

-Quand tu veux, chérie. »

Un clin d’œil outrageusement aguicheur suivi, accompagné d'un soupir rauque en stéréo.

Il naviguait en pèr' peinard, sur la grand-mare des canards ~

« Tu dois être le seul gamin de douze ans au monde à avoir Brassens sur son Ipod. Sérieux, je te jure. T'es pas normal. »

Eudes appuya discrètement ce manque de goût par un froncement du nez. Pas l'air plus offusqué que ça, le garçon rajusta le col de sa chemise rose.

« Parce qu'aimer des types qui hurlent à s'en casser la voix c'est mieux, peut-être ?

-Ouais.

-Espèce de sataniste.

-Et toi t'es quoi, un type atteint d'une progéria inversée ou le nouveau Benjamin Button ?

-Eh, ça va par là ? »

Louis adressa un sourire à l'homme en costard qui les avait interpellés, tandis que Sabrina prenait à témoin la barre en fer sur laquelle elle s'appuyait.

« Ouais, firent-il malgré tout en chœur, suivis par quelques regards curieux du dénouement de la dispute.

-Je sais pas ce que t'espères pécho avec ce style, mais t'es super bien parti pour faire un tabac en maison de retraite. » Ajouta tout bas la jeune fille avec ce qui ressemblait à un coup décisif censé faire mal (un truc comme un headshot dans sa fierté), accompagné d'un mouvement du menton vers une septuagénaire qui bougeait au rythme de Brassens sur son siège.

Nullement affecté par le petit rire moqueur de la vile femelle en jean taille basse ou des yeux levés au plafond de son meilleur ami, Louis se fit une place à côté de la grand-mère en question.

« Eh, vous avez bon goût, vous ! Vous vous appelez comment ?

-Françoise ! Mais c'est vous qui avez bon goût, jeune homme.

-Je parie que dans votre jeunesse, vous étiez une super danseuse.

-Ah ça ! C'était pas comme maintenant, mais qu'est-ce que j'avais du succès en soirée ! »

Les ongles manucurés à mi-chemin entre la poche de son jean et un facepalm de rigueur, Sabrina poussa un profond soupir.

« Tu mériterais que je te mette sur youtube.

-Et mon père te poursuivra en justice pour atteinte au droit à l'image, ou quelque chose comme ça.

-Déconne pas, il le ferait vraiment. »

Mon père est milliardaire, de toute façon, il fait ce qu'il veut. La menace que laissa planer le regard entendu de Louis envoya un frisson le long de l'échine de Sabrina. Elle savait, évidemment qu'elle savait ; qui ne connaissait pas les Bonvouloir, à Paris ? Pétés de thunes à ne plus savoir quoi en faire et accrocs aux réceptions type dîners princiers.
L'autre gus n'en avait pas l'air, mais sa famille était à peine moins riche. Louis de Bonvouloir et Louis-Eudes Mézec. Rien que ça.

« Tu riras moins quand je serai en fac de droit, minus. »

Là où certains devaient gagner leur pain et se battre pour arriver en haut de l'échelle, d'autres y naissaient sans avoir besoin de faire quoi que ce soit. C'était le cas des deux collégiens, qui côtoyaient les meilleurs professeurs et les meilleurs établissements.

Leur argent n'effrayait pas autant Sabrina quand ils lui tiraient la langue depuis l'autre côté de la vitre, avant que le métro ne reparte à toute vitesse en les laissant sur le quai.

« Un gentil garçon. » Commenta la vieille Françoise en se recalant aussi confortablement que possible dans le fauteuil en plastique.

Distraite, Sabrina acquiesça, une mèche de cheveux tressée lui chatouillant le nez. Pas méchant, non, même plutôt sympa. Un gamin, quoi.
Le plus chiant avec Brassens, c'était qu'il restait accroché aux parois comme une sangsue, même une fois les paroles évanouies dans l'air.

Et s'app'lait les Copains d'abord, les Copains d'abord ~



Toujours très grand et sévère, paré d'un épais manteau d'ennuis et de responsabilités. Quelque chose  qu'on ne peut pas s'imaginer sans l'avoir vécu ; c'était le leitmotiv de la dame aux cheveux poivre et sel près de lui, au tailleurs hors de prix et à la permanente impeccable.

« Ton père n'a jamais su quand se taire. Il n'a jamais su vivre autre chose qu'une vie dissolue et scandaleuse. Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurai passé les rênes de la société à sa sœur. »

Mais ça ne tient pas qu'à toi, on le sait. Et regarde comme il a voulu se racheter à tes yeux par la suite.
Tu l'aimes quand même, mon papa ?

« Il ne faut pas que tu deviennes comme lui, Louis. Les choses ont une valeur, et si nous en sommes là aujourd'hui, c'est grâce au travail de tous tes ancêtres. Ils ont pavé le chemin sans en profiter, et c'est à nous de donner un sens à leurs sacrifices. »

Les yeux embués, il laissait toujours ses doigts calleux s'enfoncer dans sa peau. Sans savoir pourquoi, il savait que la protestation n'était pas de mise ; il savait aussi pourquoi on le gavait de discours moralisateurs.

Tu l'aimes pas, ma maman, c'est ça ?

« Je ne plaisante pas. C'est une énorme responsabilité. Ce n'est pas facile, ça ne le sera jamais. »

J'étais pas désiré, c'est ça ?

La pression retombait comme une cocotte-minute cassée, par ses lèvres entrouvertes et ses épaules affaissées.
Bienvenue dans l'envers du décor, puisque chaque médaille possède son revers. Au pays des hommes qui troquent leur humanité pour de l'argent, pour contribuer au bonheur de leurs enfants sans pouvoir être présents. Vivre ou vivre, il faut choisir.
Et ce n'était facile ni pour les enfants qui attendaient patiemment dans leur lit qu'on vienne les border, ni pour les parents qui alignaient les heures de travail à ne plus en voir le bout. Un joli paradoxe dont on s'était assuré qu'il saisisse toute la complexité et les enjeux. Au bout du compte, il était impossible de savoir à combien s'élevait l'immense maison en plein Paris dans laquelle il vivait. Trop de nuances qu'il était incapable de nommer. Pas juste en euros, aussi en attentes déçues et soupirs malheureux.

« Tu comprends, Louis ?

-Oui, grand-père. »

Le petit garçon croisa et décroisa ses doigts sur le canapé en cuir du salon, sur son jean sombre et contre la moquette crème.
Sur les murs, des portraits datant du XVI ème siècle jusqu'à aujourd'hui. Une véritable lignée que la Révolution n'avait pas éteinte.

Il faut rendre tes ancêtres fiers de toi. Bonvouloir est un nom qui a survécu et survivra encore.
Alors même si ton père est un débauché notoire et que ta mère qu'il a laissée tomber au bout de deux ans de mariage s'occupe de gribouillis, tu devras reprendre le flambeau un jour.

Tu es fier d'être un Bonvouloir, Louis, n'est-ce pas ?
Pour vivre comme nous vivons, il faut laisser certaines choses de côté.
Regarde, il ressemble tellement à son père.


Ne pleurez pas, surtout ne pleurez pas.
Si ça peut vous rendre heureux, je serai quelqu'un de bien.



« Tu pourrais regarder où tu vas ! »

Clignant des yeux, une main en visière pour se protéger du soleil, Louis leva un regard étonné vers la grande fille à la peau sombre qui le toisait d'un air méchant.

« T'es sourd ou t'es handicapé ? Bouge, j'ai besoin de place !

-Je peux t'aider ? »

La jeune fille s'étouffa sur son chewing-gum, passant la boite en carton sous le bras qu'elle n'avait pas endolori.

« C'est trop lourd pour toi. Bouge, j'ai dit !

-Je bougerai si tu me laisses t'aider !

-C'est quoi ton problème, à la fin ?!

-Je dois être quelqu'un de bien ! »

Elle claqua sa main libre contre son front, un grognement inintelligible au bord de ses lèvres charnues.

« J'ai pas demandé l'aumône, Mère Teresa. Va voir un clodo plus loin et file-lui du fric. J'ai du boulot, moi.

-Mais s'il te plaît, allez !

-MAIS ARRÊTE !

-Sabrina, ça va ? »

Un colosse de presque deux mètres, tout en muscles, surgit de derrière une camionnette, arrachant au gamin une longue plainte surprise. Sabrina en profita pour le décoller de sa jambe une bonne fois pour toute, l'envoyant valser contre le pavé constellé de vieux chewing-gums.

« Ouais, p'pa. Juste un mioche bizarre qui veut absolument m'aider à porter le carton. »

L'homme passa deux doigts pensifs le long de sa barbe, avant de se fendre d'un immense sourire pourvu de deux dents en or.

« Et tu l'as pas laissé faire ? Petit, tu veux vraiment aider ?

-Oui !

-Alors viens porter ça. C'est trop gros pour toi, ce truc.

-Attends, tu déconnes. »

Sabrina se pinça le bras mais dû admettre, en voyant le blondinet revenir avec un carton trois fois plus petit que le sien sur ses cheveux dorés, que non, le paternel ne déconnait absolument pas.

« Sérieux, papa !

-Faut bien faire plaisir aux gosses ! Allez, roulez jeunesse ! Sabrina va te montrer le chemin. »

Elle sentit une petite main tirer le pull qu'elle avait passé à la va-vite sur ses épaules le matin même.

« Moi c'est Louis !

-Moi c'est ta gueule et marche droit sans cogner personne. »

Elle n'avait jamais compris pourquoi ça l'avait fait autant rire.



▬ Octobre 2024, Paris, France, établissement XXXXX.

Le scoubidou  multicolore à la queue comme celle d'un phénix avait attiré l'attention de Juliette, deux rangs derrière à la droite de Louis. La fillette portait toujours un bandeau dans ses cheveux châtains coupés au carré, et des pantalons droits assortis à ses chemisiers ; le tout la vieillissait et lui donnait l'air d'une adulte qu'on aurait faite poupée, mais les fossettes qui creusaient ses joues chassaient bien vite cette impression.
Dès que le garçon tournait la tête dans sa direction, elle faisait semblant de porter un intérêt démesuré à sa feuille à carreaux.

Devant le tableau blanc, sous le rétroprojecteur accroché au plafond, le professeur de Français agitait les bras et les manches, persuadé que son discours intéressait plus que quelques élèves parqués dans le fond de la classe.
Parce qu'on met les trouble-fêtes au devant, c'était une pratique bien connu de toute équipe éducative au monde.

Louis observa l'unique rangée de têtes lui obstruant la vue, s'estimant satisfait du score des deux premiers mois.

« Vous allez rédiger une dissertation sous la forme d'un souvenir marquant d'enfance. Si vous n'en avez pas de suffisamment marquant, inventez, personne n'ira vérifier : mais évitez quand même les scénarios trop abracadabrants. Je veux simplement des sentiments. »

Un murmure passa d'enfant en enfant, tandis que monsieur Germain reprenait les copies d'une classe précédente pour occuper utilement son temps. Eudes fixait un point imaginaire à l'horizon et Juliette mâchonnait pensivement son stylo : Louis fit tourner le sien entre ses doigts, égratignant sa feuille de coupures roses.

Avec une application calligraphiée et après avoir apposé son nom sur la copie, il traça le début d'une majuscule rondouillarde.

… C'était en Mai 2018 à la clinique vétérinaire.



Le petit garçon pleurait toutes les larmes de son corps sous l’œil ennuyé du vétérinaire, dont les yeux bruns encourageaient son père à prendre les choses en mains. Maladroit dans son joli costume, mal à l'aise dans son rôle de père, il se mit à genoux pour être à la hauteur de l'enfant.
Les joues rouges d'avoir pleuré, frotté, pleuré et frotté, il lui lança à peine une grimace par-dessus sa manche humide.

« Louis, écoute... Linette a très mal, on ne peut pas faire autrement.

-On peut pas la soigner ? (il hoqueta si fort qu'il put jurer que son cœur lui était remonté dans la gorge) Lui mettre un bandage et la ramener à la maison ?

-Non, c'est... Enfin, si, on pourrait. »

Face à l'incompréhension de son fils, Sylvain s'assit sur une chaise et l'attira sur ses genoux. Le tout jeune homme n'arrivait pas à trouver les mots justes et craignait toujours d'ajouter encore plus de tristesse aux sanglots de Louis. Il ne savait pas le consoler, n'avait jamais su.
Ne le saurait probablement jamais.

« Alors pourquoi on le fait pas ?

-Parce que si on le fait, Linette va avoir très mal tout le temps. Elle vivra quelques mois de plus, mais elle souffrira très fort. Tu ne veux pas que Linette souffre, hein ? »

Le bambin secoua vivement la tête de droite à gauche, libérant ses yeux mouillés des mèches qui s'y étaient collées.

« Ça va la soulager. Ça ne va pas lui faire mal et c'est tout ce qu'on peut faire pour éviter qu'elle souffre plus.

-Mais... »

Louis noya un instant ses doutes sur l'épaule de son père qui le berçait, les bras serrés autour de son cou à l'en étrangler. Il avait six ans, tous les concepts des adultes lui échappaient – tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne verrait plus son chat adoré. Plus jamais.
Mais il savait aussi qu'il ne voulait pas la voir souffrir. Il l'aimait trop pour ça.

« Je veux la voir avant. »

Il fit de son mieux pour que ses mots soient fermes et ne ressemblent pas à une interrogation. Les pieds de nouveau posés sur le sol carrelé, il suivit le vétérinaire jusqu'à une pièce enfoncée dans le cœur du bâtiment, les yeux rivés à la blouse blanche qui se balançait de droite à gauche. Tap, tap, tap...

« Tout au fond. »

Il y en avait des animaux, ici. Une dizaine à attendre leur propriétaire ou une piqûre dans des cages propres et spacieuses, même un petit chien qui jappa joyeusement sur son passage. Louis échappa aux mains de Sylvain dès qu'il aperçut la tache cendrée si caractéristique et les longues moustaches blanches de son amie.

« Linette ! »

Il enfouit son nez dans le pelage tout doux de la chatte. Il fut accueillit par un ronronnement automatique et qui ressemblait à s'y méprendre à un moteur de voiture en marche. Il passa le doigt sur la truffe chaude et sèche, sur les poils clairs qui dessinaient comme des sourcils au-dessus de ses yeux jaunes.

« Je t'aime. »

Elle ressemblait encore au petit chaton sur les photos, collée au nourrisson dans son pyjama bleu. Il en avait vu des dizaine comme ça dans l'album de famille ; Linette, c'était un peu la sœur jumelle qu'il n'avait jamais eu.
Qu'elle parte si tôt, c'était injuste. Qu'elle parte comme ça, ça l'était encore plus.

Derrière ses cils couverts de larmes, il remarqua la patte arrière prise dans un écrin blanc qui masquait la blessure infectée.

« Louis... »

Il refusa dans un premier temps de lâcher l'animal. Linette lui léchait copieusement le bras, comme pour lui rappeler qu'il n'avait pas eu le temps de prendre sa douche ce matin.
Linette c'était un peu sa maman jamais là, aussi.

« D'accord. »

Les larmes recommencèrent à rouler. Il avait l'impression d'avoir trahi un vieil ami. Paisible grâce aux médicaments que le vétérinaire lui avait donné, le félin se lova dans le coussin confortable. C'était la première fois que Louis la voyait aussi détendue depuis l'accident et, dans un ultime sursaut, il crut avoir fait le bon choix.
La sensation de sa petite langue râpeuse contre sa peau ne le quittait pas.

Papa, tu es sûr qu'elle aura pas mal quand ils vont l'anastasier ?



Malgré toutes ses belles pensées et résolutions, Louis avait très mal dormi. Il avait roulé d'un bout à l'autre de son grand lit, pour finir étroitement prisonnier de son épaisse couverture. Le matin l'avait pris en traître non pas par un rai de lumière familier, mais par une douce sensation contre sa joue, elle aussi atrocement familière. En ouvrant les yeux, il s'était attendu au vide.

Un chaton de deux mois le fixait de ses yeux bleus ronds comme des soucoupes de lait. Il se redressa sur un genou en retenant un cri derrière la paume de sa main. Le petit animal tricolore bondit sur ses pattes et fit gonfler son corps pour ressembler à un espèce de poisson-globe touffu ; Louis se mit à rire.
Puis à pleurer.

« Tu ressembles à rien. »

Derrière la porte, il crut entendre la voix de sa mère s'exclamer. Il l'ignora, le cœur battant, prit le petit chat entre ses mains et colla son nez contre le sien.

« Comment tu t'appelles, mocheté ? »



« Louis, je crois que ton chat m'aime pas. »

Juliette glissa un œil méfiant au félin en embuscade sous une des commodes du salon. Un feulement menaçant s'en échappait à intervalles réguliers, suivi d'une patte tachetée de blanc, noir et roux ; la fillette hurla en s'accrochant au bras de son ami.

« Mais non, elle est juste jalouse. Sois mignonne, Octavie. »

Outrée, Juliette regarda Louis se pencher pour prendre la sale bête dans ses bras. Celle-ci se mit à ronronner et jouer avec les élastiques fluos qui pendaient par dizaine de ses poignets.

« Tu vois ? »

Digne dans sa petite robe à fleurs, l'héroïne de Shakespeare attendit que son Roméo daigne enfin lâcher la boule de poils colérique pour lui prendre la main.



« LAISSE-MOI ! »

Le cri se répercuta le long des murs et s'infiltra par les portes ouvertes ; un sourire vague et dessiné au pastel étira ses lèvres avant qu'elle ne disparaisse des pieds à la tête dans les ténèbres. Il se laissa tomber à terre, à plat contre le carrelage froid, à plat contre ses paumes à vif.

Ça brûle.

« Désolé, désolé, désolé... »

Une main lui enserra la gorge à lui broyer la trachée et l'étouffer.
Je suis vraiment désolé.
Louis ? C'était le nom de mon fils. Mon gentil Louis.

Il est parti. Son père aussi. Son frère aussi.
Désolé, désolé.

Pourquoi Chloé ?

Je te le promets. Je te le jure, à la vie à la mort, croix de bois croix de fer.
Oh, le menteur ! Ils le pointaient tous du doigt, ils se moquaient tous de lui.

Il sentit sa tête heurter le sol et au moment même où il reprenait sa respiration, il sut ce qu'il lui restait à faire.



▬ Janvier 2025, Paris, France, Galeries Mayfair.

« Maman !

-Louis ! »

Le collégien n'eut même pas le temps de sautiller jusqu'à sa mère que la jeune femme l'avait attrapé et le serrait de toutes ses forces contre elle. Sous l’œil d'un collègue amusé, elle le fit tourner jusqu'à ce qu'ils manquent d'air et d'équilibre.

« Mamaaaan, je vais être malade !

-Ahah ! Désolée. Mais ça fait tellement longteeeeeemps... »

Elle entreprit ensuite de le couvrir de baisers encombrants auxquels il ne chercha pas à se soustraire. Il la voyait trop rarement pour avoir le cœur à refuser ses élans d'affection, forts et bruyants comme tous les mots qui s'échappaient de sa jolie bouche maquillée.
Bwah. L'inconvénient, maintenant, c'était qu'il était rempli de rouge à lèvres.

« Oh, désolée mon chéri ! Attends, je vais essuyer ça. »

La caresse délicate d'un mouchoir brodé contre sa joue l'obligea à lever les yeux vers sa mère et ses longs cils qui projetaient de petites ombres sur ses joues rosées.

Ava Mayfair n'était jamais à la maison parce que papa et maman n'étaient plus ensemble depuis longtemps ; ils avaient divorcé au second anniversaire de Louis, et le blondinet ne se souvenait pas d'une époque lointaine et révolue où il n'avait pas à faire le chemin entre les deux foyers. Comme son travail chronophage ne lui permettait pas d'aligner les visites et qu'il ne vivait pas chez elle, il la voyait à peine, le plus souvent durant les vacances et les fêtes.
Sa présence lui manquait quelque part, mais c'était dur de renflouer les habitudes d'un quotidien bien ancré dans ses veines. Maman n'était pas là, mais c'était normal.

« Voilà, tu es tout propre ! »

Il aimait l'accent qui modulait chacun de ses mots, petit souvenir d'une Californie où elle avait vécu toute sa vie avant de tenter l'aventure en France.
Elle n'en était plus jamais partie. Louis aimait à penser qu'elle le faisait pour ses toiles à succès, mais aussi un petit peu pour lui.

« Ava, téléphone ! »

Elle jura comme une femme bien élevée n'aurait jamais dû le faire, puis passa une main aux ongles courts dans les cheveux de son fils.

« Je reviens tout de suite, mon chéri. Tu peux te promener un peu si tu veux, d'accord ? »

Un volte-face plus tard, elle avait déjà disparue par une porte de la même couleur que le mur. De nouveau seul, Louis fit claquer ses converses contre le sol brillant et fit face aux peintures encadrées. Elles étaient nombreuses à avoir reçu l'aval de la directrice et de son bon goût : petit, il avait passé des heures dans un atelier à l'arrière, à étaler les couleurs sur une toile blanche. Noir, bleu, jaune, rose ; aucune n'avait échappé à ses petits doigts inquisiteurs, même les plus pâles et les plus sombres.
La pièce toute en longueur était silencieuse.

Tournant et retournant les écouteurs roses qui lui ceignaient le cou, il tomba nez à nez avec une tache à la forme indistincte. En y regardant de plus près et avec trois pas de recul, on pouvait y voir un nénuphar.

Louis déglutit, une crampe au ventre. Ce qu'il pouvait être moche.

Maman, je t'en prie, reviens vite.



Mais quand ses parents étaient occupés et qu'il ne pouvait pas regarder Grey's Anatomy à la TV avec Antigone, le petit garçon avait pris l'habitude qu'on le dépose à la clinique près de chez lui. C'était un établissement privé que subventionnait son père, aux murs roses et verts tout à fait charmants. On y venait pour des prises de sang ou bien pour y mourir. Aux yeux de Louis, à l'époque, ça n'avait pas la plus petite forme d'importance.

Et au moment où il avait laissé ses yeux vagabonder de l'autre côté de la porte, dans ce couloir éclairé par de larges fenêtres que contemplaient plusieurs portes numérotées...



▬ Juillet 2021, Paris, France, clinique XXXXX.

Lassé par les conversations des infirmières qui n'en finissaient pas, Louis s'était glissé hors de la salle d'attente jusqu'au couloir rempli de fauteuils rembourrés. Des magazines récents s'empilaient en tas semblables tous les sept sièges environ, et le défilé continuait jusqu'à la prochaine porte – qu'on prenait rarement la peine de fermer, Louis l'avait remarqué en observant les allées et venues régulières du personnel. Plus personne ne faisait attention à lui et quand bien même il serait venu à l'esprit d'une infirmière de le gronder, il se serait enfui comme une anguille à travers le labyrinthe de battants. Clac clac.
Cette fois-là, il avait repéré cette poignée froide et l'avait agrippée à deux mains. Elle ne lui avait pas résisté et il avait débouché dans une grande allée lumineuse. Le soleil de Juillet rebondissait en rires extatiques contre les carreaux propres, offrant à ses yeux bleus les numéros placardés contre les portes. Il avait regardé les chiffres comme pour y déceler un secret, trop hauts pour qu'il puisse en faire le tour de ses doigts ; à quatre pattes au sol, il avait tenté de discerner une silhouette dans le maigre écart entre sol et bois, mais rien ne trahissait le plus petit signe de vie. Conscient que quelqu'un s'y reposait peut-être, il n'avait pas osé l'ouvrir.

Puis, arrivé au bout, un rayon menthe à l'eau l'avait intrigué.
Clignant des yeux à l'image d'un animal pris en plein phares, il avait laissé sa curiosité s'y insinuer.

« Il y a quelqu'un ? »

Oups.
Pris la main dans le sac, il ne s'écarta pas comme un voleur. Il poussa la porte et observa avec intérêt la patiente dans ses draps blancs.
Elle pouvait avoir soixante ans ou peut-être un peu plus. Ses cheveux étaient encore épais, même s'ils avaient perdu leur couleur et reposaient contre le tissu sans s'en détacher tout à fait. La moue auparavant surprise se fit amicale.

« Qu'est-ce tu fais tout seul ici ?

-Je me promène.

-Et tu ne t'ennuies pas ? Alors qu'il fait si beau dehors ! »

Louis s'était attendu à se faire disputer, mais la réponse engageante l'incita à s'approcher du lit. Il secoua la tête.

« Mon papa va venir me chercher bientôt. Je dois rester sage en attendant. »

Il tut le fait que « rester sage » n'impliquait certainement pas de rentrer dans la chambre d'inconnus, mais la vieille femme ne lui en tint pas rigueur. Elle ferma le livre qu'elle lisait, l'empêchant de deviner la suite du titre. L'écume...

« Et comment tu t'appelles ?

-Louis.

-Louis ? »

Un court instant, son regard prit la consistance du cristal liquide. Sans crier gare, il retrouva la chaleur sèche des jours d'été.

« Moi c'est Chloé. »

Chloé au nom bizarre et aux boucles comme la neige en hiver.



Petit à petit, Louis avait allongé ses visites à la clinique ; il y allait avec son père, avec Antigone, et restait des heures à rouler sur le lit de Chloé pour lui raconter ses déboires.
La vieille femme, qui n'avait aucun lien avec cet extérieur dans lequel il vivait – et en cela elle était un peu comme une fée ou une princesse un rien ridée – faisait office de journal intime tout désigné. Il pouvait passer des heures à la distraire de récits dont elle ne connaîtrait jamais les protagonistes.

C'était plus simple et ça ne coûtait rien à personne. En plus, il pouvait jurer l'avoir entendu rire plusieurs fois.

« Et après ça, Eudes m'a fait la tête, alors qu'il a pas le droit ! C'est mon meilleur ami, on a même juré notre amitié en mélangeant notre sang ! Sauf que c'était du sirop de grenadine parce que ça fait moins mal, mais c'est pas grave. »

« Aujourd'hui Sabrina m'a défendu contre quelqu'un qui m'embêtait dans le métro. Elle est trop forte, elle donne des coups de poing comme ça ! Tu sais, je crois qu'elle me déteste pas vraiment. »

« Dis dis dis, tu trouves pas que Meredith et Derek ils vont trooop bien ensemble ? »

« Comment on fait une piqûre ? C'est quoi le truc que t'as là, ça s'appelle comment, je peux te faire des tresses, je peux te maquiller, je peux toucher à ce bouton là ? Ça fait quoi si j’appuie dessus ? »

« Pourquoi les parents de la petite fille à côté ils font que de pleurer dans le couloir ? »

« Hier j'ai été à une zombie party et mon papa m'a fait un super maquillage ! Je te montrerai les photos si tu veux ! »

« Mon papa va se remarier je crois. J'aime bien Catherine mais je crois qu'il aime toujours un peu ma maman. Pourquoi les adultes ils sont tellement compliqués ? »

« L'autre jour j'ai battu Clémence au Monopoly ! Ehehe ! »

« Hier ils ont repêché un frigo dans la Seine, tu te rends compte ! C'était vachement marrant. »

« Hey Chloé, tu crois que mes grands-parents seront quand même fiers de moi si je deviens infirmier ? »

Avec les semaines et les mois, il avait suivi les faits et gestes du personnel, la goutte de morphine qui s'écrase dans la perfusion transparente. Il jouait au docteur tout en gommant soigneusement les détails qui dérangent. Un pied dans la chambre de Chloé et l'autre dans le couloir, il regardait un couple s'enlacer à s'en briser les côtes de détresse.
Il jouait à sa série préférée, dans laquelle les morts ne sont jamais pour de vrai et où on rit plus qu'on ne pleure.

Toutes mes condoléances.

Pendant tout ce temps, sourire à la bouche, il n'avait pas demandé à un seul des patients de quoi il souffrait.
Même pas Chloé.



« Quand je lui ai demandé ce qu'elle avait, elle m'a répondu... »

Eudes lui lança un regard de travers, les sourcils couverts par ses cheveux châtains trop longs.

« Un nénuphar dans le poumon ?

-C'est ce qu'elle a dit. »

Les bottines du jeune garçon foulèrent le muret au mépris de la Seine qui s'étendait paresseusement à sa droite.
On va au Père Lachaise, aujourd'hui ?

« Ça me dit quelque chose. »

Comme frappé par la foudre, son meilleur ami s'arrêta au milieu de la route, le sac de cours pesant lourdement à sa frêle épaule.

« C'est pas dans un livre de... »



Elle souffrait. Entre les slaloms pour éviter de croiser sa fille au profil austère et les exils en salle d'attente ou dans le parc qui sentait bon les lilas, Louis avait fini par s'en rendre compte.
Elle perdait ses couleurs, elle perdait ses cheveux, elle ne l'écoutait plus autant qu'avant. Même en essayant très fort, il n'arrivait plus à lui tirer le moindre sourire.

C'était dur. Les gouttes s'accumulaient, compactes, mélasse gluante dans laquelle elle se débattait faiblement.
Et Louis serait parti, mais Louis était grand ; il était responsable, il voulait soigner les gens plus tard ; et Louis se souvenait d'un petit animal lové dans un coussin à attendre que les crocs cessent de mordre sa chair. Chloé y ressemblait beaucoup, enfoncée dans un oreiller qu'elle ne quittait plus.

Je t'aime, Linette.

Les doigts blancs glissèrent dans ceux gris de la vieille femme, et les rôles s'inversèrent. Elle commença par lui raconter son enfance à Évry, son mariage avec un riche industriel, la mort de son père, de son fils, de sa mère, de son second fils, puis finalement de son mari ; entre les deuils éclataient de brefs moments de joie qu'elle soulignait d'un sourire fade au pastel. Pus de noir que de rose dans cet album rempli au polaroid.

« Il s’appelait Louis, comme toi.

-Et après, qu'est-ce qui s'est passé ? »

Les mots se brisaient en écume au pied des rochers. Il fermait les yeux une minute sur deux et le reste du temps, il la regardait.
Il commençait à comprendre pourquoi les hurlements n'avaient pas cessés dans la chambre d'à côté, quelques années auparavant. L'agonie de Chloé lui ouvrit les yeux sans se presser, sans se soucier du monde qui continuait à tourner et de Clémence qui s'accrochait encore à lui en clamant qu'ils se marieraient à Londres. Il la regardait se recroqueviller, impuissant.

« Louis. »

A la fin, à travers ce méli-mélo de prénoms aux consonances jumelles, il avait fini par se demander à qui elle s'adressait vraiment.

« Tu peux me promettre quelque chose ? »

L'idée avait déjà germée dans son petit cœur amoché.



Pourquoi est-ce qu'il restait cloué à cette chaise, déjà, si ce n'était pas par amour ?
Ah, oui.

« C'est rare qu'on réserve un traitement plus humain aux animaux qu'aux hommes eux-mêmes. En fait, c'est la première fois que je vois ça. »

L'humanité niée à ses bases de justice et d'empathie.



« C'est tout ce que je peux faire pour toi. »

Dans une autre vie, on se serait marié, on aurait vécu heureux dans un beau manoir au fond d'une forêt enchantée.
Dans une autre vie...


« Tu me pardonnes ? »

Louis regardait la seringue tourner sur elle-même, tourner et tourner au sol.
Je t'aurais donné ma jolie maison et on aurait planté un chêne pour notre quinzième anniversaire de mariage. On aurait eu trois enfants, peut-être quatre.

Suspendu au verre fragile et au liquide qui s'y mirait, trompeur, l'enfant détourna les yeux.

… on aurait vécu heureux pour toujours.



▬ Juillet 2025, Paris, France.

Louis passait les doigts sur les tranches des livres alignés le long des étagères ; les pages sentaient bon le neuf et l'imprimerie. Ça, même le numérique ne pourrait jamais le remplacer. Il avait beau ne pas être un très gros lecteur, tous les livres qu'il avait lu, il les avait lu sur papier. L'écran impersonnel ne faisait pas ressortir les visages et les gestes dont regorgeaient les lignes en noir et blanc et dont il était si friand.
Louis aimait bien les pièces et de théâtre et les contes de fées. Il aimait bien les histoires de vampires et celles qui se déroulaient ailleurs, dans un univers plus vert et lointain. Il suivait assidûment le policier fait détective dans sa quête pour la vérité.

Celui-là, il ne l'avait jamais lu, il était même peut-être passé à côté sans s'en apercevoir.

Ô Roméo, Roméo, pourquoi es-tu Roméo ?
Au final, c'était peut-être mieux qu'ils finissent pas comme dans l'histoire.

« Ah ! »

Il fit basculer l'ouvrage  au creux de sa main. Les personnages s'observaient en souriant sur papier glacé. Il ouvrit prudemment la première page, comme si les mots risquaient de l'aspirer d'un moment à l'autre.



Il faisait encore très clair lorsque Louis posa un pied hors de la librairie. Le soleil cognait contre la pierre et amusait les enfants qui jouaient aux billes près du bâtiment, épaules et têtes nus.
Ses doigts se crispaient involontairement sur le sac en plastique qu'il tenait contre lui. Mille spasmes l'empêchaient de mettre un pas devant l'autre comme il aurait aimé le faire. Rentrer chez lui, embêter Clémence, manger, dormir... Jouer à cache-cache. Appeler Eudes, demander à Catherine de faire des pronostiques sur les nouvelles séries de l'année avec lui, se plaindre de Juliette à son père, lui demander des vacances à Saint-Tropez.
Retourner à la clinique.

Il hésita un instant sur le seuil, entre chien et loup.

Les mèches roses qui  lui obstruaient la vue le laissèrent entrapercevoir le bout d'un foulard bleu à pois blancs. Depuis le mur derrière lequel elle s'était cachée, Juliette lui lança un regard singulier qu'il ne sut pas interpréter.

Ils n'étaient pas restés ensemble longtemps, mais Louis pouvait jurer qu'elle faisait partie de ces personnes pour qui il aurait pu faire beaucoup de choses. Cette pensée activa ses jambes coulées au plomb, et il descendit les marches d'un pas faussement léger, sans se retourner.

« Louis ! »

Sans se retourner.



« Ne les laisse pas me maintenir en vie si je m'endors. Je t'en prie, ne les laisse pas faire. »

Pleure pas Chloé.

« Je les laisserai pas faire. »



» Toi le geek.



NOM/PSEUDO : Never. ♥
AGE : 896 ans, ohohohoho.
JEU VIDÉO FAVORI : Toi.
FILM FAVORI : Moi.
MANGA/SÉRIE FAVORITE : COLD CASE.
COMMENT T'AS DÉCOUVERT LE FORUM ? : Je l'ai deviné, nuance.
T'ES UN OUF DANS TA TÊTE ? : Complètement.
MANGER OU BOIRE ? : Milka.
JE TE SAOULE AVEC MES QUESTIONS ? : Non, mon capitaine.
UNE DERNIÈRE ALORS, C'EST QUOI LE CODE ? :

_______________
Eh bien, Mesdames et Messieurs, c'est rien que de la poudre aux yeux:
 


Dernière édition par Docteur Morphine le Sam 16 Aoû - 16:45, édité 73 fois
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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Dim 8 Juin - 11:23

OH BORDEL T'ES TROP COOOOOL
Re-bienvenue !

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cadeaux:
 
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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Dim 8 Juin - 12:31

Bienvenue ! ♥

Comment j'ai trop envie de lire la suite de ta fiche *-*
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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Mar 15 Juil - 8:00

Des nouvelles ici? la fiche en est où?

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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 26 Juil - 15:41

Mon dieu, elle avance (lentement, parce que je suis un escargot, ahaha), me supprimez pas ! D8

Father et Justice : Merci. Vous êtes trop cools aussi.  banane 

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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 26 Juil - 20:34

Ok ok ^^ je note ^^ hésite pas à nous donner quelques nouvelles de temps en temps de ta fiche pour être sûr ;)

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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 16 Aoû - 1:12

» Chargement du jeu.



▬ Septembre 2025, Paris, France, clinique XXXXX.

Quelques pétales s'envolèrent avec la brise, créant une traîne odorante et multicolore à sa suite. Les bras chargés de fleurs dont il ne connaissait pas le nom, Louis passa la porte coulissante et erra un moment dans les couloirs avant d'oser se donner rendez-vous à l'allée lumineuse des années passées. Il ne pouvait même pas frapper à la porte ; le moindre mouvement déclenchait une cascade de tiges et de feuilles brunes et vertes. Le poids à sa gorge jouait au yoyo, un coup dans son estomac, un coup dans son cœur, et un coup sur sa langue.
Il aurait aimé pouvoir s'y enterrer, dans ce rideau de merveilles, et ne plus en bouger.

« Bonjouuur ! »

Sa voix flûtée chassa un oiseau de la vitre entrebâillée. Là, au milieu des rais de lumière et des machines à bip, Louis disposa les fleurs aux quatre coins de la pièce. Aux murs, à la fenêtre, aux tuyaux, au plafond, à la poignée, partout : essoufflé, la gorge piquante de fragrances fortes et mêlées, il croqua une moue triste au fusain.

« Eh, tu sais quoi ? Je suis entré en troisième, cette année. C'est ma dernière année au collège, avec tous mes amis. Après, c'est le lycée, et qui dit que je les reverrai ? Ils vont me manquer un peu, tous, même ceux qui se moquent de moi. »

Mains croisées devant lui, derrière son dos, emmêlées à ne plus savoir quoi en faire.

« Et cet été j'ai lu. Ouais, tu devrais m'applaudir... »

Du sac où s'étaient pris quelques pétales solitaires, il tira le livre et le jeta sur le lit. Pof.

« C'est grâce à Eudes que je l'ai trouvé. T'aurais quand même pu m'aider. »

Silence. Comme pour ne pas réveiller l'enfant enfin endormi, Louis s'agenouilla près du lit et posa le front contre les draps frais.
Il était bizarre, ton père. Pourquoi il t'aurais donné le nom d'un personnage qui...

« Je suis un peu en retard. Tu me pardonnes ? »

Désolé, désolé.
Le garçon étendit les bras, mais ses doigts chatouillèrent seulement le couvre-lit beige soigneusement plié reposant au centre du lit vide.
La courbe de ses lèvres s'inversa discrètement et il étouffa deux ou trois sanglots contre l'odeur de lessive qui avait remplacé celle des médicaments et des toux à n'en plus finir.



2024

« Je peux le faire. Je peux le faire. »

Sa face émaciée le terrifiait d'autant plus qu'il s'en rappelait comme d'un galet rond et clair. Ce qu'elle avait dû être belle dans sa jeunesse, avec ses yeux verts et ses épais cheveux blonds.
Il tenait la seringue entre ses petites mains tremblantes, il fermait les yeux pour se donner du courage. Mais la peur revenait à chaque fois, elle lui lacérait les joues et la poitrine. Elle l'épiait, vicieuse, depuis le coin d'une pièce qui avait perdu toute chaleur.

« … je peux le faire. » Lâcha-t-il comme une supplique avant de laisser tomber la seringue. Il sursauta et elle roula jusqu'aux pieds du lit sous son regard fixe. Elle tourna, tourna un long moment avant de s'immobiliser contre un damier en nuances chaudes.
La solution lui renvoya ses deux yeux baignés de larmes, violets dans la lumière qui se parait d'ombres grinçantes. Hypnotisé jusqu'au dernier moment.

Je peux pas.

« Louis ? »

Linette aussi avait souffert, tellement qu'il avait fallu abréger ses souffrances. Pourquoi personne ne comprenait ? Pourquoi refuser obstinément le soulagement à tous ces gens qui hurlaient de douleur ?

Vous n'êtes pas humains.
Et je le suis pas non plus.

Dégoûté par sa propre faiblesse, il avait claqué la porte, il s'était enfui sans écouter ce qu'elle avait à lui dire, trop faible pour lui crier de revenir. Il avait dégringolé les escaliers jusqu'aux arbres du parc.

Je peux pas le faire.

Mâchoire tremblotante et jambes flageolantes, il avait laissé de grosses larmes rouler le long de ses joues.
Et à partir de ce soir-là, il n'était plus revenu à la clinique.



Il s'était enfui dans son petit monde de stéthoscopes en plastique durant toute une année. Il avait fallu que ces fichus nénuphars lui mettent une claque en travers de la figure pour qu'il se réveille enfin.

Ma belle Chloé a un nénuphar qui lui pousse dans le poumon, elle souffre énormément. Si personne ne fait quoi que ce soit, elle va...

Il avait attendu, avait laissé défiler les jours, la peur au ventre. Et au moment où il avait fini la dernière ligne de ce livre, où il avait acheté toutes ces fleurs pour lui faire plaisir... comme Colin, il avait été bien naïf de croire que tout s'arrange avec le temps et un peu d'eau. Aucun d'eux n'était un oiseau. Et de là où elle se trouvait après cette longue agonie, elle devait profondément le détester.
Le petit garçon qui a promis et a rompu sa promesse. Croix de bois, croix de fer...

Il était certain que s'il était né la même année qu'elle, il en serait tombé amoureux, et qu'il ne l'aurait plus lâchée. Que ses yeux pétillants auraient compensé un nom qu'il n'aimait pas et qu'ils auraient fondé une famille heureuse. Qu'il ne serait pas mort comme son mari, et qu'il ne se serait pas suicidé comme son fils. Qu'il ne serait pas tombé malade comme le second et comme elle.

Loin au-dessus de l'eau stagnante, Louis tira la langue à son lointain reflet.
Si tu pensais qu'elle allait t'attendre...

Pour changer en amour notre amourette, il s'en serait pas fallu de beaucoup ; mais ce jour-là, Vénus était distraite, il est des jours où Cupidon s'en fout ~

On s'est vraiment loupé de peu, toi et moi, pas vrai ?

Comme à chaque fois qu'il s'assoupissait, l'eau montait jusqu'à lui en une colonne transparente, et enroulait deux larges mains aux doigts noueux autour de son cou. Avec un cri, le garçon s'éloignait du bord de la Seine, les poumons en feu.

Il en faisait des cauchemars, toutes les nuits et tous les jours ; il voyait des ombres au bout des ruelles et des corps flotter lentement sous les ponts de Paris. Le gentil Zouave lui avait même décoché un regard assassin qui l'avait fait frémir de haut en bas.
Et Chloé dont il voyait le sourire triste sur tous les miroirs...



Chut, je t'en prie, chut. Arrête de pleurer.

Il prit la boîte à gâteaux que son père avait ramené d'un voyage dans un quelconque pays oriental ; il la renversa et le contenu se déversa sur ses draps blancs, éparpillant les trésors d'enfance dans les moindres recoins de son lit. Une vieille gomme, une gourmette en or, quelques billes, les aiguilles du sapin du dernier Noël... Il en fit un tas qu'il posa sur la table de chevet, juste à côté du réveil qui indiquait 2h35.

La culpabilité toquait à la baie vitrée, toujours plus forte. Entre deux asphyxies, Louis avait trouvé la solution.

Il n'avait pas été là pour elle dans ses derniers instants, et c'était une faute qu'il ne pourrait jamais réparer ni se pardonner entièrement. Comme on borde un nouveau-né, il plaça l'écume des jours dans l'écrin improvisé, ainsi que quelques photos qu'il avait subtilisées à des tas de cartons dont plus personne ne voulait. Une femme ravissante en tenue de mariée, des enfants les pieds dans la boue, un joli pavillon pour tout décor... Une bague gravée de mots doux vint rejoindre le sarcophage et compléter la nature morte en clair-obscur qu'éclairait la lune.

Le chatterton poussa un hurlement à en réveiller les morts ; dans l'immense résidence des Bonvouloir, ce n'était jamais qu'un couinement surpris en plus. Il en enroula plusieurs morceaux autour de la boîte jusqu'à la rendre hermétique. Il passa les mains sur la surface plane avec un petit sourire satisfait.

« Si je te demandais pardon, est-ce que tu accepterais ? »

Hein Chloé ?
Ses doigts ne tremblaient pas et ne laissèrent pas s'échapper la boîte lorsqu'il se leva pour la ranger entre deux pulls dans son dressing.
Et la fenêtre était claire, aucune ombre ne s'y balançait pour l'empêcher de trouver le sommeil.



▬ Décembre 2025, Paris, France.

Cette année là, Paris s'étirait sous la neige, blanche jusqu'à ses fondations qui enfonçaient leurs ongles glacés dans les jambes de Louis. Entre lui et Paris, ça avait toujours été une drôle d'idylle ; Paris la belle, la sale, la ville des Amoureux, et tant d'autres choses encore.
Le collégien glissa jusqu'au muret où, il savait, personne ne s'attardait jamais. Il avait cessé de se demander pourquoi il y avait bien longtemps. Aujourd'hui, ça l'arrangeait. Personne ne l'observerait, personne ne le regarderait. Pas vu, pas pris. En contrebas, elle filait à cette allure modeste, emportant dans sa crue quelques plaques de verglas. Elle était saupoudrée de neige comme un fondant au chocolat, la Seine.

Elle sort de son lit, tellement sûre d'elle, la Seine, la Seine, la Seine ~

Les écouteurs tombèrent sur ses épaules et il arracha le bonnet qu'il avait passé sur cheveux blonds. Puis il plongea la main dans son sac, et en ressortit la boite aux gravures dorées qui avait fait le tour du monde. Ici, elle allait prendre son dernier envol. Dedans, le cœur d'une vieille femme, quelques souvenirs sans la moindre importance. La confession d'un petit garçon qui s'était enfui et était revenu trop tard. Louis mit un pied sur le muret, se hissa de sa petite taille contre le fond en immeubles et dégradés de gris. Ainsi découpé, il paraissait paré pour le saut de l'ange.

« Aujourd'hui, les vacances de Noël commencent. On va aller au ski avec toute ma famille. Ça fait tellement longtemps que j'ai pas vu mes cousins. Avant, on passera quelques jours au manoir. Il est suuuper grand, je m'y suis déjà perdu, petit. Je suis sûr que tu l'aurais aimé. »

Je te l'aurais donné.
Avec un bruit métallique, la boîte traversa l'air et perça la surface de l'eau. Loin, là où il ne pouvait plus l'atteindre, elle dériva un instant avant de disparaître dans les remous changeants d'un ciel d'hiver.

Il resta longtemps à attendre, sentinelle de chair, qu'un signe quelconque lui allège le cœur. Une fois qu'il sentit un poids se détacher de sa poitrine, il frappa le bitume de son poids plume et courut le long du fleuve jusqu'à en perdre haleine. C'était rien. Sur une carte, ils n'apparaissaient même pas, ils allaient et venaient sans s'arrêter, et disparaissaient tous un jour. Pour qui ça avait de l'importance, qu'une vieille femme meurt seule dans un lit d'hôpital, rongée par le cancer ?

Par le nénuphar que la solitude y avait fait pousser.

Une mère et son enfant marquèrent la fin de sa course. Après avoir failli les percuter, il posa ses deux mains sur la pierre peut-être centenaire. Il les joignit devant sa bouche, réflexe stupide de son enfance. Dors bien, pardonne-moi, ne m'oublie pas.

« Promis. »

Et cette fois, il ne la briserait pas, sa promesse.



« Je m'en fiche de ce que mes grands-parents pensent. Je deviendrai infirmier, et j'aiderai les gens à avoir moins mal, même juste un peu. Je les accompagnerai, sans m'enfuir, et je me battrai pour le droit à une mort digne et sans souffrances. Je suis pas vraiment intelligent, alors si je peux pas les sauver, je veux au moins les aider à partir heureux. »

L'homme bien, l'homme méritant, c'est celui qui est heureux et aide les autres à aller mieux, c'est celui qui se bat pour ce qui lui semble juste. C'est un infirmier, c'est un avocat dans son bureau, c'est un homme d'affaires toujours occupé, c'est un ouvrier, c'est tout le monde et personne à la fois.

J'espère que tu comprendras.



▬ Janvier 2026, Paris, France.

« Tu crois qu'il se réveille, là ?

-Non, il a la tête dure. Remets-en une couche.

-A vos ordres, mon capitaine ! »

Au secours, le navire coule. En pleine bataille navale imaginaire, Sylvain se redressa en hurlant lorsqu'une gerbe d'eau froide lui atterrit en pleine figure. Touché, coulé.
De l'autre côté de l'accoudoir, Louis et Antigone le regardaient, amusé et moins amusée, le verre coupable encore entre les doigts du jeune garçon. Le menton appuyé contre les coussins de velours brun, Clémence lui adressa un sourire à en faire fondre une centaine d'icebergs.
Mais la grande question était non pas la raison de ce lâche peloton d’exécution, mais plutôt pourquoi diable il s'était endormi sur le canapé du salon alors qu'un lit moelleux l'attendait au premier étage. C'était à n'y rien comprendre.

« Monsieur, votre attitude est tout simplement scandaleuse, gronda la domestique dans un début de réponse, rentrer un peu « joyeux » d'une soirée passe, mais chanter du Céline Dion à trois heures du matin pour s'assoupir sur le canapé la TV allumée... Quel exemple pour vos enfants, je me demande ! »

Ah. Bouche serrée en une ligne droite, Sylvain parcourut le salon du regard, l'air d'y découvrir chaque tapisserie et chaque bibelot. Une main aux ongles délicatement peints de rouge le tira de force vers d'autres rivages moins exotiques et une réalité à la traîne.

« Mon chéri, c'est bien d'aller boire un verre avec ton meilleur ami, mais tu as oublié que ta sœur nous attend au manoir ? »

Trop lentement au goût de leur propriétaire, les souvenirs remontaient à la surface, y claquant comme des bulles de savon. Au sixième crépitement, le père de famille s'affala presque sur la table basse en voulant se redresser. Complaisante pour ses neuf ans, Clémence tira sur son costume froissé avec la patience d'une mère de famille nombreuse.

« Alalala, je te jure, t'oublies tout, hein. Regarde comme on est tous préparés et beaux ! J'ai même mis ma robe préférée !

-Oui oui, tu es splendide, mon cœur ! Montez tous dans la voiture, je file me préparer et on démarre ! Euh, Antigone, mon costume et...

-Monsieur, tout est préparé depuis sept heures, votre costume n'attend que vous.

-Parfait ! Je fonce !

-Et n'oublie pas de prendre une douche, quand même ! » Lui cria Catherine depuis l'entrée, claquant ses escarpins contre la terrasse pour inciter Louis et Clémence à s'asseoir à l'arrière sans faire de bêtises et sans heurter les lumières bordant l'allée qui finissaient leur nuit dans une lueur pâle et jaunâtre.



Bras croisés et bouche pincée, Clémence fusilla le sweat gris du garçon qui la séparait de l'amour de sa vie. Garçon à cause duquel, elle ne le répéterait jamais assez, on venait de la priver de la chance de faire la conversation à Louis tout le temps du trajet.
Ses bottines crèmes heurtaient le siège du conducteur malgré les protestations de Sylvain, dont la conduite emballée les brinquebalait sans cesse de droite à gauche.

« Je me sens un peu mal à l'aise, là. » Fit Eudes, sans faire référence au permis foireux du père de son meilleur ami (qu'il avait sûrement dû obtenir dans une pochette surprise), mais plutôt aux éclairs qui s'échappaient des yeux de la fillette à sa gauche. Jolis cookies au chocolat et éclats de menthe, brûlants comme les feux de l'enfer.

« Y'a pas de raison. Clémence va être gentille, hein Clémence ? »

C'était de la triche de la menacer avec son joli sourire de prince de conte de fée, mais pour ne pas redevenir Clémonstre la méchante sorcière, elle colla le dos au siège et entreprit d'ignorer Eudes avec une grâce royale. Chose qui ne mit néanmoins pas le jeune homme plus à l'aise, et l'arrivée en fanfare dans l'immense cour du manoir coupa court aux soupirs et aux silences.

« Meeeec. MEC. »

Louis faillit se cogner au crâne de l'imbécile planté au milieu de tout et recula avec un grognement. Derrière eux, Catherine et Sylvain débarrassaient les affaires de la voiture, avec quelques recommandations de dernière minute pour Clémence et ses trépignements impatients.

« Quoi, MEC ?

-Ma famille a un manoir, je sais à quoi ça ressemble. Ça c'est pas un manoir, c'est un CHÂTEAU, okay ?

-Nan, c'est un manoir. Juste... un très grand manoir. »

Cascade d'injures et de malédictions oblige, ce fut à ce moment précis qu'une immense blonde au visage constellé de taches de rousseur surgit de derrière le capot. Elle passa discrètement derrière un Eudes occupé à faire le compte des fenêtres qui perçaient la façade claire, mit ses mains sur ses yeux et hurla avec une telle intensité que le chien à l'autre bout du terrain se mit à aboyer :

« COUCOU C'EST QUI ?!

-OH PUTAIN !

-Okay, sympa ! »

Tout le monde vit la main qu'Anaïs claqua contre les fesses d'Eudes, mais personne à part le concerné outré ne fit le moindre commentaire. Louis se contenta de rouler des yeux amusés au ciel gris lorsqu'elle tourna son joli sourire vers lui.

« Louiiiiis ça fait tellement longtemps, t'es encore plus mignon qu'avant ! Bon, par contre... »

Elle fit ce geste agaçant de vieille personne précoce et lui tapota le haut de la tête, mine soucieuse. Pire qu'à la maison de retraite près de chez lui où il passait quelques fois et où on se sentait obligé de lui faire remarquer que, effectivement...

« … t'as pas grandi du tout depuis la dernière fois.

-Hinhinhin, mais ouais, c'est ta faute, t'as pris tout ce qui devait me revenir, l'asperge. Où est Romain, tu l'as bouffé ?

-Juste derrière toiiiiii. »

La voix gutturale qui venait de lui souffler un air chaud dans le cou appartenait à un garçon de son âge, aussi blond et aussi petit, aux joues rebondies et au sourire d'une oreille à l'autre. Aussitôt étouffé par l'étau serré de ses bras, Louis battit des pieds en riant pour se dégager.

« Romain, repose-moi, t'es louuurd !

-C'est clair que toi tu l'es pas, en tout cas.

-Eh, bonhomme, m'abîme pas mon fils, j'en ai encore besoin.

-Okay, tonton. »

Les semelles de nouveau contre le sol poussiéreux, Louis eut tout juste le temps de voir sa tante descendre les marches du perron avec une élégance affectée, sa jupe fendue dévoilant ses longues jambes chaussées de talons hauts. Elle leur adressa un large signe de la main, la louche qu'elle tenait entre ses doigts trahissant le tablier qu'elle avait dû retirer en vitesse avant de sortir.

« Sylvain, te voilà enfin ! Lança-t-elle d'une voix forte pour couvrir les babillements des enfants et de Clémence qui sautait autour d'Anaïs, émerveillée par son mètre quatre-vingt, j'ai presque cru que tu ne viendrais pas à cause d'une gueule de bois ! »

Pour avoir dû remonter le petit frère bruyant plusieurs fois dans sa chambre après quelques mauvaises soirées en boîte de nuit, le doute était légitime et sa réputation n'était plus à faire. Le rire qui s'échappa des lèvres de Sylvain, lui, ressemblait à celui d'un adolescent pris en flagrant délit.

« Ahaha, tu me vexes, Zoé. Je ne suis plus un gamin.

-Presque, tu es toujours aussi irresponsable. (elle fit la bise à ses neveux et sa belle-sœur, avant de leur proposer une boisson en hôtesse désabusée) Patrick devrait descendre d'ici dix minutes, le temps de finir de dépoussiérer les chambres. »

Pendant que le petit groupe s'ébranlait en direction de l'entrée et l'arche sculptée qui la surplombait en suites de chérubins gracieux et de scènes de bataille, gloire de la lignée de Bonvouloir, Louis fut pris d'un soubresaut qui lui coinça momentanément un caillou en pleine gorge. Une fois la sensation passée, il lui resta une brûlure familière le long l’œsophage. Un goût de feuillages, de lointain, d'hôpital, de...

« Chloé ? »

Il se sentit aussitôt stupide et secoua la tête, rejoignant Eudes pour l'aider à se dépêtrer de Zoé et ses questions embarrassantes. Loin dans les sapins et les lauriers, tassée dans les haies, une petite lueur dérapa en murmurant dans la terre.



« Merci. »

La fille à la robe blanche et aux nattes blondes lui sourit depuis l'arbre sous lequel elle se tenait. Elle sentait bon les lilas et ses yeux verts ressemblaient à ceux d'une vieille amie.

Peut-être que oui, peut-être que non. Peut-être qu'une boucle venait de se refermer, peut-être qu'il y croyait.
Elle dodelinait de la tête près de la Seine, les pieds dans l'eau sous un vieux pont. Ou bien elle tendait la main à un cavalier dans un champ de fleurs, peut-être qu'elle pleurait près d'une guillotine, et lui attendait encore près du train qui ne la ramènerait jamais.

C'est stupide, hein ? Si rien n'est fait au hasard, alors...
Ils baissèrent la tête en silence et lorsqu'il la releva, elle n'était plus là.



▬ Février 2016, Paris, France, manoir des Bonvouloir.

Agaçants jusqu'au bout avec leur partie de cartes qui s'éternisait et virait lentement à une sorte de strip-poker bizarre, Louis poussa un soupir depuis le lit où il finissait de couver une bonne vieille grippe comme on en faisait plus. Retard pour les vacances, le pauvre, on ne va pas le laisser tout seul...

Si ça se trouve, les hululements de Romain étaient bien destinés à lui faire regretter d'avoir succombé aux sortilèges de Mère Nature. Inutile de préciser qu'il s'en serait bien passé.

Occupé à répondre à un SMS goguenard de Sabrina qui mourrait actuellement sous les exigences d'une première année de droit, il sursauta quand un un nouveau message s'intercala entre ses contacts. Curieux, il l'ouvrit et se redressa, chassant Octavie de son perchoir.

« Eh, vous autres, Hedger c'est pas une compagnie de jeux vidéos ou je sais pas quoi ?

-Si, pourquoi ? »



Oh. Le. Con. Il aurait dû se renseigner sur les modalités avant de répondre oui et d'enfiler ce truc sur sa tête comme un idiot. « Vas-y, essaye, ça va être drôle ! » Il aurait payé cher pour voir la tête que devait faire Anaïs en ce moment-même. Ça oui, ça va être drôle, et pour un bon petit moment. Marre-toi bien en mon absence, cousine.

Il respira un air qui ne sentait rien, même pas l'antiseptique. Un silence radio ou d'église, et une femme au visage figé qui le fixait sans rien dire, attentive au moindre de ses mots.
Oui, elle lui avait posé une question.

« Un pseudo, uh... »

Hedger, il s'en souvenait maintenant. Comment avait-il pu oublier ?
Il pouvait faire comme avant, oublier qu'il était dans un jeu et faire comme si c'était marrant.

Je te promets que je ressortirai. Okay ?

Mission Euphemia enclenchée. On va rire. Ça va être marrant. Et je te tournerai pas le dos.



« Et si je reviens jamais, si je m'endors, les laissez pas me maintenir en vie. »


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Docteur Morphine


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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 16 Aoû - 16:46

Fiche terminée. ♥
Et dix fois trop longue, je suis tellement désolée.

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Bubblegom


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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 16 Aoû - 17:07

Moooooorphine ♥️ Queen of my vaccine ♥️ banane 

BRAVO POUR LA FIN DE TA FICHE. pompom 
*tape virile dans le dos*

(et tu m'as fait pleurer de la bière, vilaine.)

_______________


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And I try to control it, But control is what I lose.
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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 16 Aoû - 18:14

(dire que j'ai toujours pas fini mon Dc qui va avoir le même blase /pan/)
J'ai beaucoup aimé ta fiche, tu gères. Love sur toi \o/

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MessageSujet: Re: Docteur Morphine ; » Doc, you got to find a cure «   Sam 16 Aoû - 20:55

J'ai réussi à en venir à bout. Après une presque heure de lecture intense! Et donc, encore une fois je ne suis pas déçue. 8D Le petit Louis (il fallait que je l'a fasse. Je me sentais obligé.) est trop chou. à la lecture du caractère je m'attendais presque à lire l'histoire d'un sale gosse. Je ne me doutais pas qu'il était aussi touchant. Je l'ai découvert petit garçon et fragile avec une Linette sur le point de le quitter. Je l'ai découvert attentionné et malicieux avec sa presque petite sœur qui pensait déjà au prince charmant. Je l'ai découvert adolescent et collégien, avec son meilleur ami. Je l'ai découvert taquin avec une Sabrina, qui ne vient pas du même univers mais qui, de toute évidence fait partie intégrante du sien, à tel point que ça en est amusant. Je l'ai découvert triste et morne avec une grand-mère acariâtre. Je l'ai découvert seul avec sa mère artiste qui n'a au fond, pas le temps de partager le sien. Je l'ai découvert gentil, sincère et absolument touchant avec une Chloé toute en douceur. Alors, bien évidemment, leur relation particulière m'a touché. Chloé l'a rendu plus mature, lui a fait découvrir une autre facette de l'humanité qui n'hésite à pas euthanasié d'autres espèces et qui rechignent à soulager un autre être humain qui souffre. Et j'ai souffert avec lui, j'ai ri avec lui, j'ai douté avec lui, j'ai voulu lui donner du courage pour qu'il ne rompt pas sa promesse. Il l'aimait tellement qu'il n'a pas pu aller au bout des choses. Il n'a pas pu la laisser partir. Et finalement, la petite scène au dessus de la Seine m'a ému. Et je comprends pourquoi il veut devenir infirmier. Je comprends pourquoi il s'appelle Morphine. Et même si c'est un snobinard accro à Brassens, il a un cœur tout gros comme ça et c'est pour ça que je l'aime ♥!


Je te valide donc, mon petit. Amuse-toi. Évite le chemin d'Opium, il pourrait te louer pour morphiner les gens avec des câlins.   8D! BREF. VA VIVRE TON AVENTURE.

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Le tarot Pokémon a été créé par Daphnia

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